Compte-rendu des soirées jeux de plateaux
Oyez, oyez, braves gens, l'histoire des nobles chevaliers de la Table Ronde, de leurs intrépides exploits et de leur inexorable chute.

En ces temps-là, la vie était différente, riche en magie, en émerveillements, mais aussi en dangers. Lorsque notre conte commence, le mal régnait sur les terres de Camelot. Au plus profond de la forêt de Brocéliandre, une terrifiante force obscure se développait, et sa simple existence suffisait à faire disparaître toute trace d'espoir et de joie auprès des habitants, petits comme grands. D'au-delà des mers et des monts, des armées barbares s'apprêtaient à déferler sur la contrée, ne laissant que cendres fumantes et terres salées derrière elles. Même le célèbre Lancelot, légende parmi les légendes, avait trahi ses pairs, pour devenir leur pire ennemi.

Toutefois, une poignée de chevaliers continuaient de lutter, envers et contre tout, pour que le bien triomphe, pour que la lumière transperce les ténèbres.

Le preux Perceval (Alendir) décida de laver l'honneur de la Table Ronde en défiant le traître sire du Lac en duel singulier. Grâce aux conseils avisés du clairvoyant roi Arthur (moi-même) et de la sagesse de Galahad (Outremer) et de Merlin, il vainquit, et récupéra un précieux artefact, l'armure magique de prophétie. Grâce au don de double-vue qu'elle accorde, il put dès ce moment protéger ses frères d'armes en écartant de leur chemin les pires incarnations du mal.

Gauvain (joué par un ami d'Alendir que nous appellerons Aka Ranth pour respecter sa vie privée) lui s'attaqua à la racine du problème en cherchant le saint Graal, seule arme capable de guérir le pays des maléfices qui s'y étaient enracinés. Il fut épaulé dans sa quête tout d'abord par le travail acharné des archivistes de Camelot, qui lui faisait régulièrement parvenir, avec la bénédiction d'Arthur, de nouvelles informations l'aidant à progresser dans sa quête, puis par l'arrivée providentielle de Perceval, Galahad et Merlin. Avec tant d'alliés, Gauvain ne tarda pas à découvrir le Graal et il y eut moult réjouissances. Nul ne pouvait alors se douter que cette effusion de joie marquait en réalité le début de la fin pour les chevaliers.

Mais pour l'heure, la victoire était sur tous les fronts. Une attaque préventive de Tristan (Salla) et Kay (Jehan) contre les Saxons s'était soldée par la cuisante défaite des porteurs de hache, et ces nobles chevaliers purent ensuite escorter leur roi jusqu'à la lame sacrée, Excalibur, que la Dame du Lac lui remit selon les rites.

Nos héros furent alors victimes de leur propre réussite. Enivrés par leurs successions de succès, ils commencèrent à faire preuve de négligence. La première victime fut Kay, qui défia le Chevalier Noir au pied levé, pour ensuite mendier auprès de son roi ce qui lui manquait pour triompher. Un roi Arthur croulant d'ailleurs sous la doléance, chaque chevalier étant persuadé qu'il disposait forcément de l'élément qui lui manquait alors, qui un soutien militaire, un autre une ordonnance de convocation, un troisième l'appui de Merlin, sans tenir compte des limites logistiques du royaume.

Toutefois, bon gré, mal gré, l'unité régnait encore, et les problèmes finissaient toujours par se résoudre. La confiance, que dis-je, l'orgueil, ne cessait donc de croître, et quand des rumeurs de l'apparition d'un dragon se firent entendre, le roi Arthur, son sénéchal Kay et le romantique Tristan, se mirent en tête d'aller le combattre, délaissant leurs responsabilités respectives pour cela. Perceval et Galahad, ayant gardé la tête plus froide, restèrent à Camelot pour contrer la grandissante menace saxone.

Et Gauvain me direz-vous ? Et bien, Gauvain avait changé. D'abord, il se mit à tenir des propres étranges, blasphématoires. Il aurait même posé à Merlin des questions étranges, l'interrogeant sur les possibilités d'une utilisation néfaste de sa magie sur les chevaliers. Ensuite, il se mit à passer des heures à se flageller devant le Graal, faisant couler son propre sang abondamment. Nul ne sut jamais ce qu'il désirait expier ainsi, mais, un jour, soudainement, il s'empala même sur sa propre lame, avant d'utiliser ses dernières forces pour boire au calice sacré. Peut-être la coupe du Christ accorde-t-elle réellement le don de seconde vie au juste, mais pour un être rongé par le doute comme Gauvain, elle ne lui apporta qu'une pitoyable non-mort, le transformant en une pâle copie corrompue de sa gloire passé.

Être misérable certes, mais non moins dangereux. Sa première action fut d'aller provoquer le dragon, anéantissant le plan mûrement réfléchi des chevaliers présents. Il revint ensuite à Camelot au galop, et ouvrit les portes du domaine aux pictes et aux saxons.

De là, les choses allèrent de mal en pis. Perceval fit rempart de son corps aux meutes ennemies, gagnant de précieux instants au prix de sa vie*. Galahad défendit jusqu'à la fin la tour de Merlin, lequel faisait pleuvoir un torrent de magie sur les hordes de loups humains de Gauvain. Mais lui aussi finit par succomber sous le nombre, et le vieux sorcier fut capturé par le chevalier déchu, lequel voulait l'offrir en sacrifice à ses nouveaux maîtres démoniaques contre un peu plus de puissance.

La surprise de l'assaut passé, l'alarme finit par se propager jusqu'à l'avant-poste d'Arthur. De rage devant cette trahison, celui-ci libéra toute la puissance destructrice d'Excalibur sur les envahisseurs, mais la noble lame ne résista pas à un usage aussi peu chevaleresque et vola en éclats. Le dragon faillit profiter de ce moment de faiblesse pour le croquer tout cru, mais Kay se sacrifia à la place son roi. Tristan le vif, lui, sauta sur son destrier et galopa ventre à terre jusqu'à Camelot, se jetant dans une bataille dont il savait qu'il ne reviendrait pas. Mais son héroïque retour permit aux derniers vaillants défenseurs de se reprendre et d'endiguer le flot ennemi.

Ne restait alors qu'Arthur, bien mal en point mais bien vivant, rassemblant tout ce qui lui restait de forces pour porter le coup de grâce au maléfique reptile. Le cri d'agonie de la bête fut si puissant et si terrifiant que les renforts saxons prirent peurs en l'entendant et battirent en retraite, sauvant le royaume.

La légende s'arrête ici, alors qu'Arthur revient vers ce qui fut autrefois la maison des meilleurs chevaliers qui soient. Couvert du sang de ses ennemis, et, ô grand malheur, de celui de ses amis, il sait que l'y attend Gauvain le félon. L'histoire ne dit pas qui du roi épuisé ou du mal ressuscité l'emporta dans cet ultime duel, mais ce qui est sûr, c'est que la Légende des Chevaliers de la Table Ronde prit fin à ce moment-là.


*Oui, Alendir s'est sacrifié pour le bien du groupe. Nous aussi, ça nous a pas mal secoué.
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RE: Boire un bon verre dans un café parisien enfumé... - par Skarn - 22/10/2013, 15:27



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