30/06/2026, 21:21
(Modification du message : 01/07/2026, 13:44 par grattepapier.)
Après "Résilience", son AVH qui m'avait étonné/bousculé/questionné par son approche résolument PEGI 18, Steflip nous livre une nouvelle "AVH OVNI" qui dans sa forme comme dans son fond questionne, voire fait voler en éclat, les règles habituellement admises pour une (mini) AVH.
"Et s'obstiner à aller de l'avant" est une AVH qui ose beaucoup. Et une fois de plus, j'oscille entre enthousiasme et questionnement, entre "mais c'est pas possible de faire" et "après tout pourquoi on ne pourrait pas faire ça ?" C'est aussi une AVH qui a les défauts de ses qualités, et vise et versa, qui tire une partie de son originalité et de sa force de ses partis pris osés et peut-être excessifs.
Commençons, par ce qui m'a le plus emballé... Le travail documentaire est impressionnant (respect !) et se ressent à chaque ligne, des unités de mesure à la façon assez cérémonielle de s'exprimer des personnages. Niveau immersion c'est top.
La présentation de la culture des (censuré) - avec en plus un gros travail de pédagogie et de vulgarisation - m'a semblé tout à fait approprié, y compris dans ses aspects les plus dérangeants, qui sont présentés comme habituels par le narrateur.
Et surtout j'ai adoré l'histoire d'un lettré partant en quête des origines, commencée sur un espèce de marché de dupe avec son souverain. Le thème du cadeau empoisonné est très bien traité, même si le caractère empoisonné ne se révèle qu'à la fin. Les péripéties m'ont semblé intéressantes, originales et variées. J'adhère totalement.
La longueur du texte ne m'a pas dérangé. Il est vrai que, comme dans "Reine de l'Ouest" et "Une Citadelle en enfer", j'ai parfois plus eu l'impression de lire un roman traditionnel qu'un livre interactif.
Grande réussite aussi que ce personnage principal, ce lettré perdu au milieu des guerriers, cet intellectuel naif incapable de lire le jeu des puissants, cet aveugle aux liens de l'amour fraternel. Un personnage terriblement humain, pathétique, attachant.
Le procédé narratif employé est original et fonctionne bien, même s'il a tendance à nous sortir de l'immersion et à nous placer en spectateur/auditeur plutôt qu'en acteur/héros.
Le style employé, l'histoire et le personnage principal m'ont terriblement fait penser à "Sinouhé l'Égyptien" de Mika Waltari (un de mes livres de chevets) : ce médecin aveugle à l'amour et manipulé par les politiques pour son plus grand malheur, qui par orgueil boira le calice jusqu'à la lice. Je ne sais pas si tu l'as lu, steflip, et si c'est une influence pour toi...
Originale aussi, la présentation : lire cette AVH se mérite ! Avec son format à l'horizontal et ses images en arrière plan, ce n'est clairement pas le parti pris d'un confort de lecture, mais cela aboutit à des jolies idées, comme la torche au paragraphe 5. Par certains moments, j'ai l'impression que cette AVH aurait pu basculer vers le roman photo / la visual novel. C'est un parti-pris osé, risqué peut être, mais qui a le mérite de proposer autre chose. Là aussi, j'étais partagé entre "pitié, mes pauvres yeux" et "waouh fallait oser" (sortir des sentiers battus).
Certains choix emportent moins mon adhésion :
- l'arborescence : vraiment trop linéaire. On se sent trop piloté, y compris sur des choix fondamentaux. Certes l'histoire est super, mais excepté à deux brefs endroits - le départ et le lac - (sauf erreur de ma part), il n'y a grosso modo qu'un seul itinéraire, il y a beaucoup de renvois uniques, et on n'a jamais plus de deux choix possibles. En terme d'interactivité et de rejouabilité, on a vu mieux. En littérature interactive, ce n'est pas forcément parce que tu as des idées dramatiques très intéressantes (épisode de la soeur) qu'il faut que le lecteur soit obligé de les vivre. Il faut laisser le choix du destin. Ici, c'est une AVH qui a été écrite pour n'être lue qu'une seule fois.
- le gameplay des interros surprises. J'ai détesté. C'est punitif et surtout anti-immersif au possible. Cela nous sort de notre incarnation du PJ pour nous placer dans un rôle de lecteur scolaire. C'est un choix de gameplay qui me semble aussi assez incohérent, car à d'autres moments, on incarne réellement le personnage du scribe qui doit faire des vrais choix (faire un enterrement court ou long, obliger nos gardes du corps à rester avec nous ou leur permettre de sauter dans le lac...) et à d'autres moments ses écoliers, qui doivent réciter leur leçon.
Ah oui, et je n'ai jamais trouvé la solution du damier du 49, même en lisant les précédents commentaires. Je veux bien que tu m'envois la réponse en MP ou en spoiler stp.
A côté de cela le gameplay est simple (blessure, rations) et joliment présenté (les jets de hasard avec des pierres).
Pour les rations, je peux me tromper, mais j'ai l'impression qu'elle ne servent à rien (on ne peut pas mourir de faim) si ce n'est à mettre la pression sur le joueur pour le pousser à faire des choix aux conséquences néfastes (se mettre à dos les guerriers par exemple ou récolter des blessures).
- Autre chose qui m'a semblé illogique : pourquoi faudrait il exactement 44 jours ("ni plus ni moins") pour gagner ? Je n'ai pas trop compris la logique (et veux bien une explication stp). D'autant que dans l'épilogue perdant, on retrouve sa femme encore vivante. Pourquoi dans ce cas là, notre seigneur n'applique t il pas le même plan ?
- Autre point illogique : le plan "machiavélique" de notre seigneur... génial mais terriblement incertain (quelle certitude qu'on allait créer un incident diplomatique ? et même dans ce cas que cela entrainerait forcément l'envoi d'une délégation armée ? Et d'une délégation suffisamment nombreuse pour affaiblir les défenses de l'ennemi ? ça fait beaucoup de d'inconnues)... et terriblement risqué (dégarnir sa capitale pour attaquer celle de l'ennemi alors que celui ci nous envoie un fort contingent armé !).
En résumé, ses défauts comme ses qualités font de la lecture de "Et s'obstiner à aller de l'avant" une expérience marquante (un peu comme "A la recherche du temps merdu" de Fifre). Merci pour cette proposition qui s'aventure, s'égare peut être parfois, mais explore les sentiers battus, propose autre chose que les recettes qui marchent, repousse les limites du genre, et contribue à marquer durablement ses lecteurs !
"Et s'obstiner à aller de l'avant" est une AVH qui ose beaucoup. Et une fois de plus, j'oscille entre enthousiasme et questionnement, entre "mais c'est pas possible de faire" et "après tout pourquoi on ne pourrait pas faire ça ?" C'est aussi une AVH qui a les défauts de ses qualités, et vise et versa, qui tire une partie de son originalité et de sa force de ses partis pris osés et peut-être excessifs.
Commençons, par ce qui m'a le plus emballé... Le travail documentaire est impressionnant (respect !) et se ressent à chaque ligne, des unités de mesure à la façon assez cérémonielle de s'exprimer des personnages. Niveau immersion c'est top.
La présentation de la culture des (censuré) - avec en plus un gros travail de pédagogie et de vulgarisation - m'a semblé tout à fait approprié, y compris dans ses aspects les plus dérangeants, qui sont présentés comme habituels par le narrateur.
Et surtout j'ai adoré l'histoire d'un lettré partant en quête des origines, commencée sur un espèce de marché de dupe avec son souverain. Le thème du cadeau empoisonné est très bien traité, même si le caractère empoisonné ne se révèle qu'à la fin. Les péripéties m'ont semblé intéressantes, originales et variées. J'adhère totalement.
La longueur du texte ne m'a pas dérangé. Il est vrai que, comme dans "Reine de l'Ouest" et "Une Citadelle en enfer", j'ai parfois plus eu l'impression de lire un roman traditionnel qu'un livre interactif.
Grande réussite aussi que ce personnage principal, ce lettré perdu au milieu des guerriers, cet intellectuel naif incapable de lire le jeu des puissants, cet aveugle aux liens de l'amour fraternel. Un personnage terriblement humain, pathétique, attachant.
Le procédé narratif employé est original et fonctionne bien, même s'il a tendance à nous sortir de l'immersion et à nous placer en spectateur/auditeur plutôt qu'en acteur/héros.
Le style employé, l'histoire et le personnage principal m'ont terriblement fait penser à "Sinouhé l'Égyptien" de Mika Waltari (un de mes livres de chevets) : ce médecin aveugle à l'amour et manipulé par les politiques pour son plus grand malheur, qui par orgueil boira le calice jusqu'à la lice. Je ne sais pas si tu l'as lu, steflip, et si c'est une influence pour toi...
Originale aussi, la présentation : lire cette AVH se mérite ! Avec son format à l'horizontal et ses images en arrière plan, ce n'est clairement pas le parti pris d'un confort de lecture, mais cela aboutit à des jolies idées, comme la torche au paragraphe 5. Par certains moments, j'ai l'impression que cette AVH aurait pu basculer vers le roman photo / la visual novel. C'est un parti-pris osé, risqué peut être, mais qui a le mérite de proposer autre chose. Là aussi, j'étais partagé entre "pitié, mes pauvres yeux" et "waouh fallait oser" (sortir des sentiers battus).
Certains choix emportent moins mon adhésion :
- l'arborescence : vraiment trop linéaire. On se sent trop piloté, y compris sur des choix fondamentaux. Certes l'histoire est super, mais excepté à deux brefs endroits - le départ et le lac - (sauf erreur de ma part), il n'y a grosso modo qu'un seul itinéraire, il y a beaucoup de renvois uniques, et on n'a jamais plus de deux choix possibles. En terme d'interactivité et de rejouabilité, on a vu mieux. En littérature interactive, ce n'est pas forcément parce que tu as des idées dramatiques très intéressantes (épisode de la soeur) qu'il faut que le lecteur soit obligé de les vivre. Il faut laisser le choix du destin. Ici, c'est une AVH qui a été écrite pour n'être lue qu'une seule fois.
- le gameplay des interros surprises. J'ai détesté. C'est punitif et surtout anti-immersif au possible. Cela nous sort de notre incarnation du PJ pour nous placer dans un rôle de lecteur scolaire. C'est un choix de gameplay qui me semble aussi assez incohérent, car à d'autres moments, on incarne réellement le personnage du scribe qui doit faire des vrais choix (faire un enterrement court ou long, obliger nos gardes du corps à rester avec nous ou leur permettre de sauter dans le lac...) et à d'autres moments ses écoliers, qui doivent réciter leur leçon.
Ah oui, et je n'ai jamais trouvé la solution du damier du 49, même en lisant les précédents commentaires. Je veux bien que tu m'envois la réponse en MP ou en spoiler stp.
A côté de cela le gameplay est simple (blessure, rations) et joliment présenté (les jets de hasard avec des pierres).
Pour les rations, je peux me tromper, mais j'ai l'impression qu'elle ne servent à rien (on ne peut pas mourir de faim) si ce n'est à mettre la pression sur le joueur pour le pousser à faire des choix aux conséquences néfastes (se mettre à dos les guerriers par exemple ou récolter des blessures).
- Autre chose qui m'a semblé illogique : pourquoi faudrait il exactement 44 jours ("ni plus ni moins") pour gagner ? Je n'ai pas trop compris la logique (et veux bien une explication stp). D'autant que dans l'épilogue perdant, on retrouve sa femme encore vivante. Pourquoi dans ce cas là, notre seigneur n'applique t il pas le même plan ?
- Autre point illogique : le plan "machiavélique" de notre seigneur... génial mais terriblement incertain (quelle certitude qu'on allait créer un incident diplomatique ? et même dans ce cas que cela entrainerait forcément l'envoi d'une délégation armée ? Et d'une délégation suffisamment nombreuse pour affaiblir les défenses de l'ennemi ? ça fait beaucoup de d'inconnues)... et terriblement risqué (dégarnir sa capitale pour attaquer celle de l'ennemi alors que celui ci nous envoie un fort contingent armé !).
En résumé, ses défauts comme ses qualités font de la lecture de "Et s'obstiner à aller de l'avant" une expérience marquante (un peu comme "A la recherche du temps merdu" de Fifre). Merci pour cette proposition qui s'aventure, s'égare peut être parfois, mais explore les sentiers battus, propose autre chose que les recettes qui marchent, repousse les limites du genre, et contribue à marquer durablement ses lecteurs !

![[+]](https://rdv1.dnsalias.net/forum/imagesrv1/collapse_collapsed.png)