C'est vraiment une très belle AVH, Grattepapier... J'avais juste commencé à la lire la semaine dernière, et je l'ai terminée cette semaine, avant d'en explorer ensuite la mécanique de manière plus exhaustive et technique. Il m'a bien sûr fallu plusieurs tentatives pour obtenir une "bonne" fin. Je rejoins les commentateurs précédents pour dire à quel point chaque conclusion, quoique très différente des autres, est dramatiquement juste et donne donc l'impression d'être le seul épilogue possible au premier abord. Néanmoins, chaque conclusion amène aussi des éléments spécifiques qui complètent les autres épilogues et permettent en définitive de dresser un tableau d'ensemble narratif et thématique plus global, plus riche.
L'arborescence est techniquement très bien conçue, permettant une avancée progressive après une succession d'échecs initiaux, sans difficulté excessive.
La qualité documentaire de le reconstitution est remarquable, d'abord sur le plan de la présentation historique, certes très rigoureuse et précise, mais aussi fluide et limpide, ce qui est d'autant plus digne de louanges. Plus encore, la peinture des moeurs iroquoises et coloniales est d'une sidérante justesse. L'attention portée aux détails de la vie quotidienne, aux traditions et aux manières de penser témoigne d'une rare sensibilité. J'ai moi-même longuement étudié l'historiographie des peuples aborigènes et je travaille dans le champ de l'anthropologie culturelle: je suis vraiment stupéfait par la finesse du portrait que tu dresses de cette époque de l'histoire des Amériques.
Ton récit a l'immense mérite d'échapper aux travers classiques de l'idéalisation, ou de la fascination pour les peuples autochtones exotiques. Au contraire, tu ne cesses de mettre en lumière la violence et la dureté de leur comportement, tout en rappelant aussi la violence et la dureté des colons, qui s'exprimait toutefois selon des modalités anthropologiques distinctes. Tu parviens même à faire percevoir les similitudes et les écarts entre ces deux mondes.
Le lien étrange entre la sphère physique des vivants et la sphère spirituelle des morts est traité avec une forme de sobriété et de distance qui rend la tension entre ces deux dimensions d'autant plus forte, comme dans les nouvelles fantastiques de Maupassant. L'aspect mystique de l'AVH n'en est que plus marquant, précisément parce que l'aventure peut aussi être interprétée de manière purement rationnelle. La charge psychologique s'en trouve exacerbée, amenant un questionnement intérieur lancinant. Les dilemmes moraux prennent ici tout leur sens.
Mais ce qui m'a le plus impressionné en définitive, c'est la simplicité de l'écriture et l'extraordinaire naïveté du récit, qui s'étaye néanmoins à partir d'une représentation complexe, nuancée, ambivalente voire tragique de la vie. Combiner les deux est une vertu extrêmement rare. Cela me fait un peu penser à certains films de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton. Il n'y a pas beaucoup d'exemples d'une telle combinaison d'innocence et de profondeur. Ton AVH pourrait presque avoir été publiée dans une collection classique de LDVELH, alors qu'elle dispose de grandes qualités littéraires. Loués soient les auteurs capables d'exprimer des sentiments aussi fins sur un mode aussi épuré et accessible, presque enfantin parfois. Je suis d'autant plus admiratif que je n'en suis pas capable moi-même. Vraiment, bravo!
L'arborescence est techniquement très bien conçue, permettant une avancée progressive après une succession d'échecs initiaux, sans difficulté excessive.
La qualité documentaire de le reconstitution est remarquable, d'abord sur le plan de la présentation historique, certes très rigoureuse et précise, mais aussi fluide et limpide, ce qui est d'autant plus digne de louanges. Plus encore, la peinture des moeurs iroquoises et coloniales est d'une sidérante justesse. L'attention portée aux détails de la vie quotidienne, aux traditions et aux manières de penser témoigne d'une rare sensibilité. J'ai moi-même longuement étudié l'historiographie des peuples aborigènes et je travaille dans le champ de l'anthropologie culturelle: je suis vraiment stupéfait par la finesse du portrait que tu dresses de cette époque de l'histoire des Amériques.
Ton récit a l'immense mérite d'échapper aux travers classiques de l'idéalisation, ou de la fascination pour les peuples autochtones exotiques. Au contraire, tu ne cesses de mettre en lumière la violence et la dureté de leur comportement, tout en rappelant aussi la violence et la dureté des colons, qui s'exprimait toutefois selon des modalités anthropologiques distinctes. Tu parviens même à faire percevoir les similitudes et les écarts entre ces deux mondes.
Le lien étrange entre la sphère physique des vivants et la sphère spirituelle des morts est traité avec une forme de sobriété et de distance qui rend la tension entre ces deux dimensions d'autant plus forte, comme dans les nouvelles fantastiques de Maupassant. L'aspect mystique de l'AVH n'en est que plus marquant, précisément parce que l'aventure peut aussi être interprétée de manière purement rationnelle. La charge psychologique s'en trouve exacerbée, amenant un questionnement intérieur lancinant. Les dilemmes moraux prennent ici tout leur sens.
Mais ce qui m'a le plus impressionné en définitive, c'est la simplicité de l'écriture et l'extraordinaire naïveté du récit, qui s'étaye néanmoins à partir d'une représentation complexe, nuancée, ambivalente voire tragique de la vie. Combiner les deux est une vertu extrêmement rare. Cela me fait un peu penser à certains films de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton. Il n'y a pas beaucoup d'exemples d'une telle combinaison d'innocence et de profondeur. Ton AVH pourrait presque avoir été publiée dans une collection classique de LDVELH, alors qu'elle dispose de grandes qualités littéraires. Loués soient les auteurs capables d'exprimer des sentiments aussi fins sur un mode aussi épuré et accessible, presque enfantin parfois. Je suis d'autant plus admiratif que je n'en suis pas capable moi-même. Vraiment, bravo!

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