[m-yaz 2024] J’ai H7E14C7 et je dois m’échapper du Dédale du Trépas ?!
#5
Merci pour ces retours.

L'histoire autour de la conception de cette aventure étant assez rigolote, je vais m'autoriser à raconter ma vie.

Lors d'un dîner à Cannes où j'avais sans doute abusé des épices, je m'étais engagé auprès de gynogege et linflas à écrire un mini-Yaz' de moins de dix mille mots renouant avec une certaine simplicité. L'idée était d'aller à contre-courant de certains clichés à la fois sur le mini-Yaz' et mes propres écrits. Aussi, les récentes publications de Fitz et Gwalchmei dans le style néo-tradi et la rencontre avec des auteurs historiques ont sans doute contribué à cette volonté de revenir aux sources.

Également, je suis fainéant. Aussi, écrire moins de mots, s'en tenir à une structure simple, ça me paraissait une très bonne idée pour en faire le moins possible.

Sauf que je me suis vite retrouvé confronté à l'écueil que faire simple, c'est compliqué. Si les idées ne me manquaient pas, les idées satisfaisant à mes contraintes auto-imposées plutôt qu'un machin qui demanderait 200 sections pour respirer à peu près correctement, ça c'est autre chose.

J'ai donc fait ce que tout le monde aurait fait. J'ai gravi à la nuit tombée la plus haute montagne à moins de dix minutes à pied de chez moi, et là, dans le calme et l'obscurité, coupé de la tourmente du monde, j'ai médité sur la question.

Puis j'ai réalisé que ça ne servait à rien et suis redescendu appliquer une technique vraiment efficace pour trouver l'inspiration : encourager Outremer à disserter sur un maximum de sujets et me saisir au vol de tout ce qui avait l'air intéressant.

... parmi tous les héros célèbres de la mythologie grecque - lesquels donnent quelquefois l'impression qu'ils n'arriveraient pas même à nouer leurs lacets si un dieu ne venait pas leur tenir la main - Jason se distingue comme le plus extraordinaire des empotés ...

Non, la mythologie grecque, déjà fait, et en plus le créneau et un peu saturé en ce moment.

... Une princesse slime pourrait offrir au départ la capacité de digérer n'importe quoi et de neutraliser les poisons, et plus tard des pouvoirs de métamorphose de plus en plus conséquents ...

L'expérience de Fanfare suggère que c'est le genre d'univers vraiment trop compliqué pour du 50 sections, surtout sans illustrations.

... Il y a donc un sous-genre avec des dizaines et des dizaines de mangas qui s'est bâti sur la réfutation d'un cliché scénaristique qui n'existe littéralement pas, ce que je trouve assez fascinant.

Inventer une œuvre fictive, s'inspirant de livres existants mais ne correspondant en réalité à aucun, pour ensuite la déconstruire tu dis ? Je prends !

Et c'est ainsi qu'est né H7E14C7 : Le Dédale du Trépas.

Bon, déjà, je comprends pourquoi l'isekai est un genre aussi populaire : ça s'écrit tout seul. En deux semaines, c'était plié. Plusieurs raisons à cela je dirais :
- Un protagoniste un peu bateau découvrant l'univers et ses règles progressivement, expliquant avec des mots et concepts familiers les différences avec notre monde.
- Sous couvert de parodie, on peut non seulement se permettre de reprendre tels quels des éléments existant, mais en plus on peut se passer de les décrire ou de les justifier.
- On peut faire porter à ce pauvre Vivepierre le chapeau de tous nos errements propres, et se délester ainsi de tous nos doutes, de tous nos scrupules.

Oui, c'est une one-true-path. Mais est-ce que Vivepierre aurait fait autre chose qu'un one-true-path ? Oui, la dernière portion de l'aventure est compressée en cinq courtes sections. Mais là aussi, c'est la faute à Vivepierre !

Les spécialistes ont d'ailleurs remarqué à raison que Vivepierre n'est que partiellement Livingstone et le Dédale n'est pas tout à fait le Labyrinthe. Les sections de plus en plus succinctes alors que l'histoire progresse, c'est plutôt un travers de Waterfield. Plusieurs des péripéties sont plus dans l'ambiance des textes de Jackson ou Mason. Et ce créateur de Frankenstein contient sans doute aussi, plus ou moins volontairement, des bouts d'auteurs modernes, dont moi-même.

(14/04/2024, 22:40)grattepapier a écrit : et on expérimente déjà une première surprise : la mort du PJ, racontée en mode cocasse. Le postulat de départ est surprenant, inattendu, et finalement assez excitant.

L'honnêteté m'oblige à avouer qu'il s'agit là d'un cliché d'un certain sous-genre de mangas, que j'ai repris tel quel parce que ça répondait très bien à mes propres besoins narratifs, et que ce n'est pas la peine de réinventer la roue à chaque fois.

(14/04/2024, 22:40)grattepapier a écrit : de "skarnisation" de Livingstone, le défi un peu fou de transformer en sienne l’œuvre d'un auteur qui créativement est probablement à l'opposé de lui-même par bien des aspects

En fait, en écrivant ce texte, je me suis un peu réconcilié avec le Livingstone des débuts, avant qu'il ne sombre dans la pire des parodies de lui-même.

Sur ses premiers titres, il y a quand même des idées, allant même parfois au-delà du défrichage de cette terre alors inconnue. Par exemple, dans le Labyrinthe, je trouve que les autres candidats sont bien gérés, on ressent bien leur présence. Dans La Forêt de la malédiction, le fait d'avoir un budget limité à répartir entre des pièces d'équipement variées au tout début, c'est le genre de concept efficace qu'on pourrait retrouver tel quel dans un livre-jeu moderne.

Et mon respect pour les illustrateurs n'a fait que croître en réalisant bien à quel point ils tenaient ces livres à bout de bras, compensant des descriptions légères voire inexistantes à la force de leur propre plume.

(14/04/2024, 22:40)grattepapier a écrit : cette AVH donne furieusement envie de relire pour la nième fois Le Dédale... pardon Le labyrinthe de la mort pour y disséquer tous les détails avec un œil critique et amusé.

Vraie anecdote : je me suis interdit de rouvrir le Labyrinthe, ou un autre DF, de toute la période d'écriture. J'avais peur de coller de trop près à l'original si je l'avais vraiment à ce point frais dans ma mémoire.

(17/04/2024, 15:50)Fitz a écrit : Je craignais juste une chose, que ce soit la grosse blague et qu'on ne puisse pas vraiment aller à la fin, que l'astuce soit de se barrer dès le début par une porte dérobée... Mais non, on peut vraiment devenir le champion avec H7E14C7. [...] On retrouve même un peu l'ambiance du fameux Laby, c'est à la fois sérieux et drôle.

Concernant le dungeon crawl, le kill the sorcerer, tous ces schémas narratifs classiques, le filon de la grosse parodie me semble plus ou moins épuisé. Je dirais qu'on est plutôt au stade de la reconstruction. On a disséqué leurs travers, on peut se permettre d'en rire quand une aventure se prend les pieds dedans sans recul, mais on a désormais l'expérience pour aussi reconnaître leurs qualités, et proposer des œuvres qui en tirent parti.

Le chemin le plus facile, c'est sans doute celui que j'ai pris ici, une touche d'humour. Mais je pense que ça peut aussi passer par l'épique, en assumant un scénario simple et direct pour donner plus d'efficacité au jeu, lequel sera en revanche bien plus riche que dans la plupart des titres historiques.

Dans le cas présent, j'ai tenu à ce que l'aventure, pastiche ou non, propose le plus sérieusement du monde un solide donjon à l'ancienne, avec son exploration spatiale, ses choix gauche-droite, ses salles variées, ses clés à récolter.

(18/04/2024, 19:22)Flam a écrit : J'aimerais savoir ce qu'en pensera quelqu'un qui n'a pas joué au LdlM, mais dans le fond y'a quand même pas mal de clichés de cette époque qui sont communs à d'autres ouvrages.

C'est ma grande interrogation également. J'ignore totalement à quel point ce sera hermétique pour quelqu'un ayant esquivé ces ouvrages qui commencent à dater.
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RE: J’ai H7E14C7 et je dois m’échapper du Dédale du Trépas ?! - par Skarn - 18/04/2024, 20:34



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