A la lisière des mondes (mini-yaz 2026)
#46
Pour la variole, je suis de l'avis de grattepapier. J'étais surpris que tu mentionnes cette possible incohérence, Lady V, et je suis donc allé vérifier ce point dans la littérature scientifique: la propagation est certes plus rare par contact direct que par aérosols ou microgouttelettes, mais elle reste commune, et des cas de propagation par tissus sont avérés.

La question du délai avant que le virus devienne inactif peut en revanche se poser: la variole ayant disparu, sinon en laboratoire, il n'existe cependant pas d'étude à grande échelle sur le temps nécessaire avant la désactivation du virus dans un milieu aérien. Il n'est pas impossible que ce temps soit en réalité très court, mais rien ne le prouve. De toute façon, l'AVH ne dit pas depuis combien de temps les fourrures avaient été souillées, si je ne m'abuse. On peut imaginer qu'elles l'avaient été récemment.

Le fait que des récits historiques mentionnent des cas de tentative de contamination volontaire n'est en revanche pas un argument valable à mes yeux du point de vue scientifique (je réponds ici au commentaire de grattepapier). Cette pratique de la contamination volontaire a existé à presque toutes les époques, y compris dans l'Antiquité. Cela ne signifie pas qu'elle était toujours efficace. On pouvait aussi dans les Antilles vaudous percer une poupée avec une aiguille pour jeter le mauvais sort: cela ne signifie pas non plus que c'était efficace. On se raconte beaucoup d'histoires, au fil de l'histoire. Mais j'adopte ici un point de vue scientifique. Par ailleurs, ce n'est pas parce qu'il n'est pas prouvé que ces cas de contamination volontaire sont efficaces qu'il est prouvé qu'ils sont inefficaces. D'un point de vue littéraire, c'est donc largement suffisant.

En ce qui concerne les délais d'incubation, enfin, il me semble là encore de mémoire que l'AVH de grattepapier ne donne pas de repères temporels précis dans cette scène: mais l'incubation est de l'ordre d'une à plusieurs semaines, je pense donc que cette grande variabilité doit être compatible avec la temporalité de l'AVH.

Bref, grattepapier, selon moi, ton honneur est sauf: cette AVH historique d'une rigueur exemplaire ne verra pas sa réputation ternie par une vulgaire erreur médicale!!! Si quelqu'un a des contre-arguments à nous proposer, qu'il s'avance... Smile

(Hier, 20:17)Lady V a écrit : Suite aux remarques sur ton style, grattepapier, je me lance dans une petite analyse…
Pour moi, tu es un auteur qui décrit. Tu es un auteur « du dehors ». Tu n’entres pas dans l’intimité des personnages.

Lady V a formulé une analyse très fine... En ce qui concerne le style, je dois dire que j'apprécie beaucoup la sécheresse psychologique adoptée ici. J'aime les auteurs qui se contentent de décrire l'extériorité des personnages. Mon idole littéraire, Georges Simenon, procédait toujours de cette façon. Ses romans étaient très psychologiques, mais ils ne décrivaient jamais l'état intérieur des personnages. L'auteur nous laissait seulement les deviner par la description de ce qu'ils faisaient et de ce qu'ils disaient. C'était alors au lecteur d'interpréter la situation et d'essayer de comprendre les protagonistes de l'intérieur.

Cela évite aussi le pathos des drames surjoués. Le prologue de l'AVH n'aurait peut-être pas eu la même puissance si l'on avait rendu compte des états d'âmes des personnages. Il est certain que grattepapier pousse la formule assez loin en l'occurrence, avec une aridité émotionnelle presque totale, mais les situations sont en revanche si fortes et chargées dramatiquement que cela crée un effet de contraste intéressant: j'avais déjà évoqué "L'Etranger" de Camus dans un précédent commentaire, et cette référence me paraît toujours évidente avec le recul.

(Aujourd’hui, 02:15)Loi-Kymar a écrit : PPS : À titre personnel, mon appréciation de la meilleure fin hésite entre celle évoquée ci-dessus et "Coureur des bois".

Moi aussi, "Coureur des bois" est ma fin favorite! Je la préférais à la fin "officiellement" bonne. Mais elle est aussi un peu plus déprimante. Je comprends en pratique qu'elle n'ait pas été choisie comme bonne fin canon.
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#47
(Aujourd’hui, 06:52)Sisyphe a écrit : Pour la variole, je suis de l'avis de grattepapier. J'étais surpris que tu mentionnes cette possible incohérence, Lady V, et je suis donc allé vérifier ce point dans la littérature scientifique: la propagation est certes plus rare par contact direct que par aérosols ou microgouttelettes, mais elle reste commune, et des cas de propagation par tissus sont avérés.
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En ce qui concerne les délais d'incubation, enfin, il me semble là encore de mémoire que l'AVH de grattepapier ne donne pas de repères temporels précis dans cette scène: mais l'incubation est de l'ordre d'une à plusieurs semaines, je pense donc que cette grande variabilité doit être compatible avec la temporalité de l'AVH.
Bref, grattepapier, selon moi, ton honneur est sauf: cette AVH historique d'une rigueur exemplaire ne verra pas sa réputation ternie par une vulgaire erreur médicale!!! Si quelqu'un a des contre-arguments à nous proposer, qu'il s'avance... Smile

Sur la période d'incubation de la variole j'avais trouvé le chiffre d'un délai de 10 à 14 jours en moyenne, mais pouvant monter jusqu'à 17 voire 19 jours. Ce délai ne semble pas incohérent avec le temps écoulé dans l'AVH : un peu plus de deux semaines entre la réception du cadeau et l'apparition des premiers symptômes. cf. les marqueurs de temps au 28 ("Une semaine plus tard..."), 11 ("Cela fait une semaine..."), 16 ("Le lendemain...") et 25 ("Le lendemain du départ...")... on est donc sur 16 jours... L'honneur est sauf !
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#48
(Aujourd’hui, 02:15)Loi-Kymar a écrit : Un mot avant de parler d'"À la lisière des mondes". Faute de pouvoir maintenir un rythme de lecture de mini-AVH suffisant, je ne pense pas être en mesure de donner mon vote pour cette édition. Je m'en excuse auprès de celles et ceux qui ont fait en sorte qu'elle se tienne, en particulier les auteurs des mini-AVH que je n'aurai pas eu le temps de lire ni de commenter.

J'ai joué "À la lisière des mondes" en éprouvant une sensation curieuse à la lecture du texte, et ce dès le prologue : une sensation de vitesse des événements et de ralentissement introspectif simultanés. L'écriture, comme cela a été dit, est factuelle, prenant essentiellement sur un point de vue d'observateur (quand bien même c'est écrit à la première personne !), et ne traîne pas souvent en route, interdisant au lecteur de survoler sous peine de rater un fait ou un geste essentiel. Et cependant, à de multiples occasions, elle s'autorise des ruptures de rythme, comme des "arrêts sur image", assez pour rappeler que derrière les actions en cours dont on est témoin ou acteur un drame intime se joue. Un paradoxe stylistique peut-être subjectif de ma part, mais qui m'a paru bien s'accorder avec celui qui habite ce personnage-joueur déchiré entre deux identités (française ou iroquoise) et deux attitudes (l'attente ou l'action).

L'autre caractéristique qui m'a touché dans cette AVH est sa façon d'incarner la lutte du personnage-joueur pour ce qui se révèle son veritable objectif : plus que de déterminer son identité – contrôler son destin :
- en signifiant la progression de sa destinée au-delà des questions de bien, de mal, de réussite ou d'échec, de sorte que même les pires tragédies qui frappent ses proches se produisent moins comme des punitions de mauvais choix que comme des étapes nécessaires à son cheminement ;
- en fournissant simultanément au jouquineur la faculté de prendre le contrôle de cette destinée, par son double principe d'accumulation de codes (pour influencer l'issue de la confrontation finale) et de points de Volonté (pour surmonter le pouvoir de ces mêmes codes et décider soi-même de l'issue !).

J'ai eu le plaisir, au bout du compte, de découvrir une AVH à la fois sèche comme une balle de fusil et résonnant du désir de vivre de ses personnages, parfois abrupte (quelques impasses un peu raides, que je suis tenté d'attribuer à la limite de paragraphes imposée) et parfois capable de rebondir sur la tragédie pour avancer, avec un pouvoir de captation et d'implication de tous les instants. Encore une belle réalisation de grattepapier !

PS : J'ai trouvé le "cadeau empoisonné" liant l'AVH au thème du concours. Vicieux !
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PPS : À titre personnel, mon appréciation de la meilleure fin hésite entre celle évoquée ci-dessus et "Coureur des bois".

Un grand merci pour ton retour, Loi-Kymar.

Ton analyse est très fine et très juste, tant sur le paradoxe stylistique de l'écriture, les contraintes (fins abruptes, facilités scénaristiques) que la limite des 50 paragraphes m'a imposé, le gameplay dual et antinomique, l'objectif de reprendre en main son destin (de ce point de vue là, la fin "Coureur des bois" est la plus logique), et l'idée paradoxale du malheur qui peut aussi contribuer à façonner positivement une destinée.

Content que cette AVH t'ait plue et merci d'avoir pris de me faire un retour. !

... Tu es d'autant plus méritoire que visiblement le temps de manque. C'est dommage si tu ne peux participer au concours. Une solution peut être : lire toutes les AVH jusqu'au 31 juillet pour pouvoir voter à temps, puis écrire des retours (c'est souvent aussi long !) après cette date. A toi de voir, selon tes possibilités et tes envies !

Merci en tout cas et bonne lecture des autres AVH (quand tu auras le temps) !
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#49
Mea culpa !
Je viens de parcourir le web de long en large. Effectivement, il y a bien une possibilité de contamination par des affaires ! Ah là là ! Faut toujours croiser ses sources. Tiens, je me cache sous une couverture !

On pourrait sans doute trouver des tas d'auteurs qui se "contentent" de "décrire" et le font suffisamment bien pour donner à comprendre les émotions des personnages.
Mais je ne juge pas, grattepapier ! Bien sûr que des tas d’auteurs décrivent sans entrer dans l’intime. J’entends d’ici Sisyphe crier : Mais puisque je vous dis depuis le début que Camus l’a fait dans l’Étranger !

Concernant le prologue, il m'a semblé que les faits présentés étaient suffisamment forts et choquants pour le lecteur pour que je n'ai pas besoin d'en faire des tonnes dans le registre des émotions. Le lecteur peut facilement imaginer l'état mental des deux français dans cette situation…
Si tu étais un écrivain du « dedans », tu n’en aurais pas fait des tonnes dans le registre des émotions. Tu aurais certainement mis en avant la volonté de vivre de Jean-Noël et son courage. Cela n’aurait pas été mieux ou moins bien, mais DIFFÉRENT.

Présenter les faits bruts dans toute leur brutalité, sans y rajouter une couche de morale ou d'émotion, me paraissait la manière la plus efficace de choquer le lecteur.
Bien sûr !

Par ailleurs, dans un LDVELH ou une AVH, il est courant de proposer au lecteur un personnage joueur relativement neutre émotionnellement pour que le lecteur puisse s'identifier à lui et y plaquer ses propres sentiments. C'est d'autant plus important dans cette AVH où le lecteur peut faire certains choix émotionnels ou moraux (par exemple secourir ou non son demi-frère quand celui-ci est sur le poteau de torture).
J’ai en effet l’impression qu’il y a 2 « écoles » chez les auteurs d’AVH : ceux qui, comme toi, pensent que le PJ doit être neutre et cela colle parfaitement avec ton style, et ceux qui pensent que le PJ peut étaler ses états d’âme à l’instar des personnages de roman. Et à mon avis, cette dernière option n’empêche pas le lecteur de faire des choix émotionnels ou moraux.
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#50
Tu es folle, Lady V!!! Surtout pas sous une couverture! Smile

Pour le reste, je suis totalement d'accord avec ta dernière remarque: moi aussi, comme toi, j'apprécie qu'un PJ d'AVH éprouve des états d'âme, de manière générale, indépendamment donc du style camusien de grattepapier, qui en fait abstraction. Ma remarque concernant la sobriété psychologique concernait en fait tous les personnages d'un roman, quels qu'ils soient. Mais, à la limite, dans le cas d'une AVH, comme on incarne un héros ou une héroïne, je trouve d'autant plus justifié de décrire ses tourments intérieurs. Précisément parce que nous sommes ce personnage. Les autres personnages peuvent nous paraître parfois un peu indéchiffrables, mais le PJ, dans une AVH classique, non "camusienne", doit être transparent aux yeux du lecteur. Cela aide alors à l'incarner et à rendre ses choix plus dramatiques, de mon point de vue. J'explique tout ça simplement pour dire que la remarque que je formulais au sujet du style de grattepapier n'était pas incompatible avec celle que tu formulais toi-même.
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