[08] Shakespeare Vs. Cthulhu - What Dreams May Come
#1
Profitant du début de mes vacances, j'ai fait une partie de Shakespeare Vs Cthulhu, lu en VO, en attendant de pouvoir lire la VF de Dracula (Alkonost, trad. Joël Mallet) dans la même série : les "Contes Tordus", où Jonathan Green revisite des classiques de langue anglaise. Le sous-titre, What Dreams May Come, n'est pas évident à rendre : La Nuit d'effroi (des rois) ? Songe d'une nuit impie ? Songe d'une nuit de R'lyeh (d'été) ?

PRISE EN MAIN
Le livre est vraiment beau en tant qu'objet. Sa couverture est travaillée. Le logo de la série sur fond blanc en ressort d'une manière particulière. Le texte en bas de couverture imite, par sa police et son orthographe, les pages de garde des livres des 16ème ou 17ème siècle :
WRITTEN BY THE RENOWNED AUTHOR
MR JONATHAN GREEN
ILLUSTRATED BY THE ESTEEMED ARTISTE
SR HERALDO MUSSOLINI
En feuilletant, on remarque une Feuille d'Aventure élégante au début. En dernières pages, surprise : des portraits des principaux contributeurs au financement participatif, en personnages de théâtre ! On reconnaît même quelques Français ! D'ailleurs, en feuilletant, on les recroise dans plusieurs illustrations. Jon Green lui-même fait un cameo en Dr Faustus, un invocateur à la John Dee.
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LES REGLES
On joue ici un seul personnage, William Shakespeare, contrairement à d'autres tomes de la série où on avait le choix du personnage (Peter Pan, Wendy Darling, le Capitaine Crochet, etc.) Les règles nous sont familières désormais :

Flèche score et combats proches de ceux des "Défis Fantastiques". Car on combattra : après tout, comme tous les acteurs, Will a l'habitude de manier le fleuret sur scène ! A noter l'absence de fusil d'arbalète de Tchekhov... 
Flèche capacités spéciales : La Plume est plus forte qui revient dans chaque tome depuis Alice. Et une autre plus risquée d'emploi, Where There's a Will, proverbe anglais équivalent à "quand on veut on peut", mais qu'on pourrait traduire Pour le meilleur ou pour le Shakespeare, histoire de conserver le clin d'oeil au nom du héros. Dans les deux cas, il s'agit d'un va-tout pour tenter de réécrire une situation à notre avantage. Le 1er marche à tous les coups (logique pour un maître de l'écriture), le second est un coup de dés qui peut mal tourner...
Flèche ...les dés, justement ! On peut en utiliser deux, ou un jeu de cartes. Là encore une constante depuis Alice.
Flèche la folie, un score qu'on doit éviter de trop augmenter. Si un jet de dés dépasse notre jauge de folie, le personnage ne finit pas à l'asile, mais perd parfois ses moyens.
Flèche enfin, une liste à cocher de "Stage Directions". Littéralement : indications scénique, didascalies. Ce serait plus clair de les appeler "notes en marge, annotations", car ce mécanisme sert à enregistrer nos découvertes d'informations au fil de l'intrigue. Ça remplace les mots-codes des autres tomes de la série.

CROSSOVER PAS SI IMPROBABLE
Le titre annonce le pitch, et c'est un des mieux trouvés de la série ! La couv' accroche l'oeil, et l'idée d'un Will Shakespeare se colletant avec les acteurs du Roi en jaune, met notre matière grise en ébullition... Mais attention, "Horor, horror, horror", l'intrigue ne tiendra pas complètement cette promesse ludique (voir mon avis, ci-dessous).

Lever de rideau : William Shakespeare, dans les coulisses du Globe (son théâtre), galère pis que Scapin à écrire une pièce commandée par un mécène, le Comte de Gloucester. Celui-ci lui rend un visite impromptue. Des indices gros comme une maison et... les clichés du genre, nous invitent à nous méfier de lui. Mais, comment refuser son argent ? La troupe des King's Men n'est pas riche... Sommé de finir vite son travail, William s'endort d'épuisement, la joue sur son manuscrit. Commence alors le plus étrange des rêves, une enfilade de saynètes issues de tout le répertoire shakespearien, comédies comme tragédies.

Là, on peut noter le talent certain de Jon Green pour y insérer de manière organique et pas si contre-naturelle les bestioles ou péripéties issues du Mythe de Cthulhu. Un exemple : le cimetière où se situe la fameuse scène du crâne, "être ou ne pas être", se trouve creusé de galeries d'où émergent des goules, les créatures canines du Portrait de Pickman signé Lovecraft... Comment sortir de ce rêve, ou plutôt ce cauchemar ?

SHAKE OU SPEARE ?
Attention, les deux inspirations ne sont pas égales sur la balance. La matière vient bien davantage des pièces du Barde que des nouvelles du reclus de Providence. Il n'y a pas de scène prise dans un récit de Lovecraft. En fait, tout se passe comme si on parsemait un pot-pourri des scènes les plus connues de Shakespeare de créatures piochées (intelligemment) dans un manuel du JdR L'Appel de Cthulhu. Le tome Dracula a, pour autant que je m'en rende compte, été plus travaillé en termes de jeu.

Alors que la description des monstres ne m'a pas paru emprunter beaucoup à l'écriture de Lovecraft, les dialogues sont fréquemment issus des pièces de Shakespeare. Mais détournés : "lourde à porter est la couronne", soupire Will quand Macbeth a sombré dans la folie à force de voir les horreurs qui assiègent son château.

BILAN
Un beau livre-objet qui doit faire plaisir aux foulanceurs dont la générosité est reconnue. Manifestement un tome que Green a pris plaisir à écrire ! La preuve, il a voulu y apparaître en cameo. Mais peut-être pas son plus abouti en termes de ludicité : intrigue sans trop d'à-côtés, un seul personnage à incarner, challenge pas super élevé. C'est plutôt un tome à lire pour l'amusant jeu de références. A titre personnel, je n'accroche pas complètement au style illustratif, sauf dans les imitations de gravures d'époque sur bois qui ornent les pages de séparation du livre en ACTE I, ACTE II, etc. jusqu'à V. Un Cthulhu en xylographie, il fallait y penser !
[+] 1 personne remercie Dagonides pour ce message !
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