Messages : 1255
Sujets : 57
Inscription : 22 May 2010
Je ne suis pas fan d'une AVH à la troisième personne.
Mais on s'en fout tant le reste me plaît. C'est immersif, sensoriel, évocateur, je n'ai eu aucun mal à m'y plonger.
300 paragraphes ? S'ils sont tous aussi bons, ça risque d'être trop court.
Anywhere out of the world
1 personne remercie Voyageur Solitaire pour ce message :1 personne remercie Voyageur Solitaire pour ce message !
• Flam
Messages : 452
Sujets : 79
Inscription : 13 Jun 2013
19/03/2026, 18:23
(Modification du message : 19/03/2026, 18:42 par ledahu.)
Léon Citron
Tu es Léon Citron, le caméléon vedette du Jardin Botanique de Genève !
Tu es là, immobile, sur ta branche, beige.
D'ailleurs, quand tes amis t'attendent, souvent ils te disent : "Arrête de faire ton beige, Léon ! On t'a vu !"
En bon caméléon digne de ce nom, tes yeux sont indépendants. Tu peux voir partout en même temps, même si les images ne se chevauchent pas. C'est très pratique. Les jeunes humains ont un air de dégout quand ils te voient pour la première fois. Cela dit, tu reconnais volontiers que tu fais alors exprès d'avoir un œil qui regarde derrière et un autre devant, puis un vers le haut et un vers le bas, et tu alternes rapidement : Ça les fait flipper !
Là, tu as l’œil droit qui surveille une petite mouche très appétissante depuis 15 bonnes minutes, et ton œil gauche regarde la neige tomber sur la verrière de ta serre tropicale du Jardin Botanique de Genève, de renommée mondiale, certainement même galactique, probablement intersidérale, voire universelle. Bref, tout le monde connaît, d'après ceux qui s'occupent de toi.
Tu adores regarder les flocons s'accrocher aux vitres, s'accumuler doucement, virevolter dans le vent froid en voyant comment les gens marchent dehors.
Tu bouges très lentement, en vacillant comme si tu allais tomber d'un côté ou de l'autre, pour imiter une feuille dans la brise.
Tu es tranquille au chaud, il fait autour de 27 °C tout le temps.
Ça y est ! Elle s'est posée à bonne distance !
Tu réalignes tes yeux pour bien la cibler... prêt à claquer un coup de langue comme un éclair.
Soudain, des branches bougent et la mouche s'envole.
C'est Nocti, ton copain microcèbe, cette sorte de grosse souris avec d'énormes yeux tout le temps ouverts ou presque, et des doigts bizarres, comme des mains d'humains. Il a l'air en panique.
" Léon ! Je crois que la clim' est en banane de notre côté ! On va tous mourir gelés !!! " dit-il totalement apeuré.
Souvent, les microcèbes dramatisent tout. Nocti, encore plus.
Mais là, tu l'as rarement vu comme ça.
Messages : 1255
Sujets : 57
Inscription : 22 May 2010
Dernière ligne droite dans la relecture finale de Du sang sur la neige (Yoannes, la route de la vengeance), premier tome de ma trilogie des Fils du Givre. Production bien moins ambitieuse que Les Fils du Soleil (400 paragraphes ou moins) et des règles basiques.
Je devrais vous le proposer d'ici peu.
En voici donc l'introduction et le premier paragraphe :
Une bourrasque de vent glacé s'engouffre en sifflant dans la petite cabine à l'entrée d'Ikaya, votre second. Ce dernier referme le panneau avant de tourner vers vous un visage fermé, affichant un front soucieux sous ses tatouages bleus. Tout en tisonnant les bûches dans le réchaud de fonte, vous l'interrogez du regard.
- Ce chien d'Artaban est toujours invisible, loin devant nous. Les hommes murmurent : ils redoutent de s'enfoncer plus avant dans cette région. Le domaine de Yamaël, le dieu du Givre…
Vous vous contentez de hausser les épaules avant de refermer le panneau du réchaud et de vous laisser tomber dans votre siège à haut dossier. Dehors, la nuit est tombée, noire et piquetée d'étoiles. Seuls le craquement de la charpente et le crissement des larges patins recourbés sur la neige rompent le silence tandis que la nef glisse dans l'obscurité. Ikaya reprend :
- Je sais, pour toi, ce ne sont que superstitions. Mais tu n'es pas des nôtres, tu viens d'ailleurs, tu ne peux pas comprendre ces choses.
- Assez ! répliquez-vous, tapant du poing sur la table. Olgerd était mon ami autant que mon patron et depuis des années. Il ne méritait pas de mourir ainsi, dans une rixe stupide autour d'une table de jeu, tué par un rival. J'ai juré de retrouver ce chien d'Artaban et de lui faire payer. Même si pour cela, je dois le poursuivre jusqu'au bord du monde. Et vous avez tous juré de me suivre.
Votre second pousse un soupir.
- Tu es aussi tête de mule que ton frère décidément et…
Ikaya se mord la lèvre tandis que vous le foudroyez du regard. Ce n'est certes pas le moment de vous rappeler la disparition de votre jumeau dont vous êtes sans nouvelles depuis des lunes.
- Ne mêle pas Ronan à notre affaire Ikaya, répondez-vous, la voix empreinte d'une sourde menace. Va dormir maintenant, il est tard.
Votre second incline la tête et vous laisse seul. Bercé par le roulis régulier du vaisseau, vous vous laissez aller à d'amères pensées. Dans sa dernière lettre, votre frère vous annonçait avoir été engagé avec sa compagnie de mercenaires par le prince Hazim, loin, très loin au sud. Le prince était en rébellion contre son souverain et recrutait nombre de mercenaires. Mais des marchands vous ont confirmé la défaite de son armée à la bataille d'Akif et le massacre des mercenaires. Même si au fond de vous-même, vous restez persuadé que Ronan est toujours vivant. Oui, le lien unique qui vous unit à votre jumeau s'était certes dénoué ces derniers temps mais jamais il ne s'est rompu. Ronan est toujours vivant, c'est une certitude ancrée dans votre cœur.
Et maintenant, rendez-vous au 1.
1
Le lendemain, le ciel est d'un bleu éclatant sous un soleil froid et le vent ne faiblit pas, vous permettant de maintenir une vive allure. Depuis le gaillard arrière, plissant les yeux sous la lumière vive, vous sentez le navire vibrer doucement sous vos pieds tandis que la grande voile claque dans l'air froid. Sur le pont, l'équipage va et vient, rudes marins formés à la dure école de la neige et du froid. Ils aimaient Olgerd et ont accepté de vous suivre afin de le venger, suite à cette nuit tragique où trop d'alcool, d'orgueil et d'or perdu ont conduit à l'irréparable. Accoudé à la large balustrade sculptée, vous regardez défiler les steppes vibrant dans la lumière. La Nef des Neiges, dont Olgerd était si fier, glisse sur ses larges patins recourbés de bois et d'ivoire, gravés de runes. Le Narval, navire d'Artaban, reste toujours invisible. Cette ordure a-t-il l'intention de fuir ainsi jusqu'aux confins du Septentrion ? Peu importe, vous le retrouverez, tôt ou tard. Vous le devez à la mémoire du marchand, qui vous a sauvés Ronan et vous autrefois et a fait ce que vous êtes aujourd'hui. Et une fois Olgerd vengé, vous vous mettrez à la recherche de votre frère. Si seulement ce dernier était resté à vos côtés… Mais non, il lui fallait partir, poussé par cette curiosité insatiable, ce besoin d'ailleurs que vous n'avez jamais compris. Et maintenant…
Un toussotement vous fait vous retourner vers l'homme de barre. Appuyé au lourd madrier de bois peint, le timonier vous interroge du regard.
Vous pouvez poursuivre droit devant à travers l'immensité des steppes, ce qui vous permettra de progresser à vive allure mais vous laissera à découvert dans cette région où rôdent les barbares des glaces. Et cela permettra peut-être également à votre proie de vous repérer et de vous échapper (rendez-vous au 52).
Ou vous pouvez longer les montagnes sur tribord, imposante muraille de glace aux pentes couvertes de forêt, parcours certes plus accidenté mais plus discret (rendez-vous au 102).
Anywhere out of the world
Messages : 811
Sujets : 17
Inscription : 10 May 2019
30/05/2026, 17:32
(Modification du message : 30/05/2026, 17:35 par Loi-Kymar.)
"Neige" ? "Ikaya" ? Décèlerait-on un clin d'œil aux Grottes de Kalte ?
Belle intro. Dans cette première lecture, je relève la répétition de "chien d'Artaban". Je suis sûr que le personnage mérite assez d'insultes pour l'éviter
Souris ! Tu ne peux pas tous les tuer...
1 personne remercie Loi-Kymar pour ce message :1 personne remercie Loi-Kymar pour ce message !
• Voyageur Solitaire
Messages : 1255
Sujets : 57
Inscription : 22 May 2010
Ce "chien d'Artaban" est devenu plus loin ce "salaud d'Artaban", merci pour la remarque.
Il y aura un peu de l'ambiance des grottes de Kalte mais l'action se déroule entre Septentrion et le Katchama, dans le grand nord de Teyrion. Une région inspirée de la Russie médiévale et du grand orient russe :
Au-delà des derniers royaumes civilisés du nord débutent les toundras, forêts et steppes d'un monde sauvage et mal connu, s'étendant jusqu'aux glaces du pôle. Septentrion, domaine de l'éternel hiver, de ses routes de glace bleue, rouges dans la pourpre morose du couchant, infinies étendues de neige éclairées d'un soleil blafard. Bordée de vastes forêts, s'enfonçant comme un fer de lance vers l'est, se déploie l'immensité des steppes, parcourues de vents incessants dont le bruit donne l'impression d'un chuchotement, d'un murmure… Puis vient le Katchama, ponctué de rares villes aux couleurs pastel rehaussées d'or se réfléchissant sur le ciel d'argent et l'étrange lumière des terres nordiques. C'est là que relaient les caravanes convoyant vers l'Orient Extrême et l'archipel de Nogaya toutes les richesses du grand nord : l'ambre et les fourrures, les cuirs fauves et odorants, l'acier, la cornaline arctique, les opales et les grenats semblables à du sang gelé, les herbes médicinales, la laine et l'acier. Et toujours ces vents qui chuchotent, comme une caresse. Ou une menace…
Pour l'instant, je patine sur la connexion entre deux grands itinéraires qui se rejoignent, j'ai repéré un gros problème de cohérence que je suis en train de régler.
Anywhere out of the world
1 personne remercie Voyageur Solitaire pour ce message :1 personne remercie Voyageur Solitaire pour ce message !
• Loi-Kymar
Messages : 1429
Sujets : 35
Inscription : 02 Jun 2019
@VS : du coup, tu as retravaillé l'introduction d'un de tes projets qui à un moment s'appelait "La Course" ?
Messages : 1255
Sujets : 57
Inscription : 22 May 2010
Excellente mémoire !
Effectivement, j'ai repris à ce projet avorté l'idée d'aller faire un petit tour dans le grand nord de Teyrion et celle d'une nef des neiges.
La Nef des Neiges :
Elle était la fierté d'Olgerd le marchand, votre défunt employeur, protecteur et ami.
Il s'agit d'une invention du peuple nain des montagnes de Borée, une civilisation quasiment disparue et grandement versée dans les arts mécaniques. Un vaisseau monté sur de grands patins recourbés, pouvant ainsi glisser sur les étendues neigeuses, propulsé par un mécanisme étrange et complexe nécessitant bois et charbon en abondance. Un vent favorable peut lui permettre d'aller plus vite encore, grâce à ses grandes voiles. Olgerd avait déboursé une fortune pour faire construire ce vaisseau des neiges, aux larges patins de frêne et d'ivoire, par les derniers représentants du peuple nain. L'équipage, devenu vôtre, est constitué de solides marins, formés à la rude école de la mer et qui ont troqué cette dernière contre un autre océan, de neige celui-là. De taille moyenne, les flancs renflés et les lignes pures, votre nef glisse à travers les steppes, ses patins crissant sur la neige. L'équipage vit et dort dans la grande salle tandis que vous disposez de votre propre cabine à la poupe, celle qu'occupait Olgerd autrefois.
Anywhere out of the world
1 personne remercie Voyageur Solitaire pour ce message :1 personne remercie Voyageur Solitaire pour ce message !
• grattepapier
Messages : 1429
Sujets : 35
Inscription : 02 Jun 2019
01/06/2026, 09:31
(Modification du message : 01/06/2026, 13:39 par grattepapier.)
(06/03/2026, 16:56)Flam a écrit : Je me lance aussi, une aventure fantastique dans un monde d'inspiration arabe. L'héroïne doit rechercher un enfant convoité et briser la malédiction des djinns. Au menu : magie, pistes, tapis volants, politique, bazars, déserts, ... Le projet en est à ses débuts et j'anticipe peut-être 300 paragraphes.
(...)
Je découvre ce post que je n'avais pas vu passer :
univers 1001 nuits + style de Flam = prometteur !
On attend la suite :-)
Messages : 1429
Sujets : 35
Inscription : 02 Jun 2019
@VS : merci pour ta réponse ! Ah, je me disais bien... Des grands bateaux sur patins à neige, cela ne s'oublie pas comme ça ! Curieux de lire la suite. J'adore les histoires de bateaux... et de glace.
Messages : 32
Sujets : 3
Inscription : 06 Jun 2026
Hier, 19:25
(Modification du message : Il y a 3 heures par Sisyphe.)
Je poste donc l'introduction et le paragraphe 1 de mon prochain AVH: "2084: Le rêve du papillon" (c'est le premier volume de ma série cyberpunk "2084"). Les premiers paragraphes du livre sont conçus comme un didacticiel de jeu vidéo: ils permettront petit à petit de créer le profil de l'héroïne, Samanta Kirani, en déterminant sa profession, ses centres d'intérêt, ses compétences, etc., mais aussi de découvrir les règles du jeu. Là, je poste toutefois juste le début: on présente l'univers du roman. J'aurais préféré commencer dans le vif du sujet, mais il aurait alors fallu que j'ajoute une présentation de l'univers et des règles en avant-propos; or, je n'aime pas beaucoup ça.
2084: Le rêve du papillon
D’immenses cheminées d’usine déversent leur fumée noire par-delà la Tamise. Le jour s’est entouré d’une chape de brume si épaisse qu’il prend, au fil des heures, la teinte sombre et monochrome de la nuit. Sous l’invisible ciel printanier, les épais nuages de vapeur remplissent l’air d’une odeur âcre. Tout ici exhale des relents de pestilence industrielle. La banlieue délabrée de Southwark, au sud de Londres, forme l’une de ces multiples enclaves où, loin des regards du monde, sont produites quelques-unes des plus remarquables merveilles de la modernité. Les prodiges mécaniques de demain y prennent vie dans la crasse des ateliers. Nous sommes en 1892. À l’approche du nouveau siècle, l’heure des grands changements a sonné. L’humanité prépare une ère d’abondance.
Depuis leur discret perchoir, d’impassibles corbeaux aux yeux froids observent les cohortes d’ouvriers qui s’échinent en contrebas. Ces hommes, puant la sueur et la bière, déchargent de lourdes caisses vers les entrepôts. Leur travail de Sisyphe ne connaît nul répit. Vus des toits, ils paraissent minuscules et insignifiants : on dirait presque des fourmis.
Rose et Victor Bertillon ont abandonné le confort douillet de leur manoir, à Chelsea, pour s’aventurer à travers les ruelles sordides qui jouxtent les quais. La longue enquête qu’ils ont menée les a conduits jusqu’à une porte dérobée, au cœur d’un immeuble dénué d’occupants. Tapis entre les ombres et galvanisés par le danger, ils s’introduisent à pas feutrés jusqu’au laboratoire du sinistre Dr Robert Louis Jameson. Des alambics s’entassent à l’entour, souillés par la poussière. Plusieurs milliers de livres interdits recouvrent les murs de ce sanctuaire impie, dévolu à une science pervertie et fourbe. Le maître des lieux manipule avec soin une fiole remplie d’un liquide jaunâtre. Il est seul. Les deux intrus se manifestent alors en pleine lumière.
‒ Les loups ne cesseront donc jamais de traquer les agneaux, se lamente le médecin dans un soupir. Je sais que vous me poursuivez depuis un bon moment déjà et que vous avez remonté ma piste à partir de Marseille. J’ai manqué de discrétion, sans doute. Vous constituez assurément de redoutables adversaires et je ne saurais remettre en cause votre perspicacité ; mais ces vols de cadavres auxquels je me suis livré étaient bien intentionnés, sachez-le. Laissez-moi vous exposer mes motivations. Vous comprendrez pourquoi j’ai agi de la sorte.
‒ Nous connaissons les mobiles qui vous animent, coupe Victor d’un ton réprobateur. Les scélérats de votre espèce ont jalonné l’histoire. Votre folie des grandeurs vous laisse croire que vous réussirez là où tous les autres ont échoué. Vous pensez être en mesure d’accomplir des miracles. On ne joue pas avec l’œuvre de Dieu, Docteur !
Imperturbable, Jameson enlève le voile qui dissimulait jusque-là un corps inerte sur une table d’opération.
‒ Des miracles, dites-vous ? Ce sont des événements surnaturels auxquels ne s’attachent que les esprits naïfs ou superstitieux. La religion et l’obscurantisme ont trop longtemps entravé notre soif d’innovation. La science va enfin nous libérer de nos infirmités. Ah, tout serait simple si les prodiges qui s’annoncent n’avaient d’autre réalité que dans l’imagination malade de savants à moitié fous ! Pourtant, croyez-moi, je n’ai rien d’un dément. Ma lucidité est visionnaire.
Alors que le voile se soulève, apparaît non pas la silhouette d’un homme, mais celle d’un monstre : un être de chair et de sang, fabriqué à partir d’une multitude de corps défunts, dont les articulations ont été remplacées par des prothèses de cuivre. La créature semble morte et, pourtant, elle est agitée d’imperceptibles soubresauts.
‒ Nous jugeons cette forme de vie effrayante parce que nous n’en avons jamais vu de telle. Notre peur est un réflexe instinctif, primaire, face à la nouveauté. Mais le monstre que vous voyez représente l’avenir ! Ce ne sont pas des divagations absconses. Le futur est en marche. Ma créature est plus forte que l’être humain, plus rapide et, grâce à mon génie créateur, elle sera bientôt plus intelligente. Elle ne connaîtra plus les méfaits de l’âge ou de la maladie. Une ère de progrès est en train de s’ouvrir. Je sais que je joue avec l’œuvre de Dieu. Je n’en concoure pas moins au bien de nos congénères, et mes motifs sont louables. Je sollicite par conséquent votre indulgence : permettez-moi de continuer mes recherches ! Ne me jetez pas en prison.
‒ Au lieu de ranimer des cadavres, soignez plutôt vos semblables, s’exclame Rose. Vous êtes un disciple d’Hippocrate. Si vous appliquiez vos découvertes à la santé des individus, Docteur, vous deviendriez un phare de notre temps !
Aussitôt sa diatribe lancée, la jeune femme commence à percevoir une vibration. Peu à peu, l’environnement devient trouble.
‒ C’est étrange, se dit-elle. Je jurerais que la pièce perd de sa consistance.
Le Dr Jameson n’en a cure : furieux de voir la légitimité de ses travaux contestée, il renverse plusieurs flacons de verre posés sur l’établi.
‒ Vous ne comprenez rien ! Mon but n’était pas de créer une aberration. L’être étendu devant moi n’est qu’un essai en vue d’aboutissements plus grands. Ce que j’applique aujourd’hui à la mort, je l’appliquerai demain à la vie. L’humanité sera métamorphosée.
Emporté par sa colère, le docteur pousse des hurlements frénétiques, aux frontières de l’hallucination.
‒ Le futur est en marche, vous dis-je ! Oui, le futur vient ! Ce n’est pas un rêve, ni le fruit saugrenu d’une affabulation romanesque. L’avenir est en train de s’écrire, sans que nous en ayons pris conscience. C’est la réalité ! La réalité ! La réalité !
Une éblouissante clarté aveugle les protagonistes, et le monde se dissipe autour d’eux.
Pour connaître la suite, cher lecteur, rends-toi au 1.
1
Retour au réel. Notre présent. L’an 2084.
Samanta ouvre les yeux, épuisée par cette séance d’hypnorêve. Il lui faut plusieurs secondes pour se rappeler qu’elle est bien Samanta Kirani, une femme tout à fait ordinaire, et non Rose Bertillon, l’aventurière sans peur et sans reproche du XIXe siècle. Après avoir vécu dans la peau d’une héroïne flamboyante du passé, il n’est pas facile de revenir à une existence normale.
La vue offerte depuis la fenêtre du laboratoire est somptueuse. Le siège de l’entreprise Streboga, filiale cybertech du groupe Ultistream, domine de toute sa hauteur la ville résidentielle de Neuilly. Composé d’acier, de verre et de béton, l’imposant édifice semble toucher les nuages comme une tour de Babel. Des milliers de chercheurs, diplômés des universités les plus prestigieuses, travaillent dans ses couloirs à des innovations qui pourraient bientôt transformer la vie quotidienne de plus d’onze milliards de personnes à travers la planète.
Samanta songe au chemin parcouru par la civilisation humaine. Pour rien au monde, elle n’aurait voulu vivre durant les âges reculés. C’est dans des lieux semblables à celui-ci qu’ont été conçues quantité d’inventions au cours des cinquante dernières années. 2043 vit, par exemple, la mise en circulation des produits robotiques « à intelligence programmée » (IP), auxquels succédèrent quelques années plus tard les « intelligences programmées adaptatives » (IPA). En 2052, ce fut la naissance de la technologie holo, qui révolutionna le domaine des interfaces homme-machine. En 2054, la firme américaine General Motors testa les premiers modèles de vé-hicules antigravité, communément appelés « anti-g ».
‒ Nous vivons une ère vraiment incroyable, murmure Samanta pour elle-même, encore un peu dans les vapes.
La jeune femme ne s’intéresse guère à l’histoire, mais elle adore la cyber-fashion, très en vogue dans les milieux punk-rock qu’elle fréquente. Au début des années 2070, l’essor des produits cybernétiques low cost a provoqué un engouement inédit pour l’artificialisation du corps. Alors que les premières prothèses visaient une ressemblance maximale avec le derme humain, les implants actuels s’affichent au contraire comme des marqueurs générationnels. L’usage s’est établi de se faire greffer des appareillages électromécaniques sans nécessité réparatrice : on parle alors d’augmentations, plus communément appelées « augs ». Les augmentés deviennent les idoles de la jeunesse rebelle.
Mais la plus grande innovation technologique récente est venue de la cyber-cognition. En 2061, des expérimentations prometteuses ont été menées sur les flux corticaux, permettant de délivrer des informations sensorielles directement au cerveau à l’aide d’un faisceau d’ondes courtes. Au terme d’âpres débats, les commissions bioéthiques internationales décidèrent de légaliser le processus. Les recherches ultérieures débouchèrent sur la commercialisation de la première BrainBox par la firme Streboga, en 2073. Le succès de cette puce crânienne, implantée sans douleur en quelques minutes à la base de la nuque, dépassa très rapidement les frontières et changea en profondeur les modes de vie. Les implants BrainBox permettent d’innombrables usages, tels que la téléphonie cérébrale, qui transmet une communication dans l’esprit d’un interlocuteur distant, ou encore le système d’affichage subjectif des données, qui apporte des informations contextuelles en réalité augmentée. Près des trois quarts du marché publicitaire sollicitent désormais cette technologie. Les BrainBox peuvent aussi se connecter à des machines à rêves : elles agissent alors par neuro-suggestion pour altérer l’environnement sensoriel et plonger l’individu dans des interfaces VR criantes de réalisme.
Une demi-décennie a suffi pour que la quasi-totalité de la population mondiale s’équipe de ce bijou à la portée de toutes les bourses. Même le smartphone, au début du siècle, ne s’était pas imposé aussi rapidement. Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’Ultistream soit devenu le leader mondial des places boursières, loin devant BlackWall, le géant de la sécurisation informatique, et à des années-lumière de firmes plus anciennes comme Open-Meta, Neuron ou New Amazon.
‒ Vous vous sentez bien, Mademoiselle Kirani ? demande Salomé.
Samanta sursaute, allongée près d’une batterie de capteurs. Elle avait presque oublié la présence de l’équipe médicale autour d’elle. Devant les écrans informatiques, la Dre Salomé Schwarz donne d’ultimes consignes à ses collaborateurs pour finaliser les tests, quand un anthropoïde d’assistance vient lui apporter sa tasse de café. Les prototypes de BrainBox ont, semble-t-il, répondu à toutes les attentes, et Salomé passe une main satisfaite dans les mèches de son abondante chevelure brune : la neuro-cybernéticienne paraît écrasée par le stress de sa journée de travail.
‒ Oui, je me sens bien, répond Samanta avec un sourire hagard. Je suis juste un peu déconnectée du réel. Deux pilules d’Hypnothrill, c’est beaucoup. La VR paraît encore plus immersive, mais on a l’impression de planer quand on en ressort.
La jeune femme se met à rire sans raison, rendue guillerette par le médicament. Elle fronce tout de même les sourcils quand une douleur se manifeste au creux de sa tempe.
‒ Mince, je crois que j’ai un début de migraine ! indique-t-elle en se levant.
‒ J’avais noté dans votre dossier que vous étiez sujette à l’inflammation du nerf trijumeau, confirme froidement Salomé. Ça ne devrait pas durer. De telles réactions sont fréquentes après l’activation d’un implant cérébral.
Térence, un peu plus loin dans le labo, commence enfin à émerger : il écarquille les yeux en se demandant où il est. Samanta sourit affectueusement lorsqu’elle voit son amoureux avec sa petite veste noire, sa chemise blanche et ses lunettes d’intello. Voilà quelques mois qu’elle est tombée sous le charme de l’écrivain. C’est un garçon subtil, charismatique et gentil, plutôt riche de surcroît, même s’il a aussi le défaut de se montrer compliqué et parfois trop exigeant. La belle célibataire espère que leur flirt débouchera sur quelque chose de sérieux. Il semble très investi, en tout cas, et commence même à parler de vie commune. Tous les espoirs sont permis !
Samanta l’a rencontré l’année dernière pendant une partie de jeu de rôle virtuel, durant laquelle Térence officiait comme maître de jeu. Il est d’ailleurs scénariste professionnel pour Streboga, en plus d’écrire des cyber-livres de philosophie à ses heures perdues. Comme il entretient de bonnes relations avec Salomé Schwarz, la neuro-cybernéticienne leur a proposé, à tous les deux, d’expérimenter les implants développés dans la cellule de recherche sur les BrainBox. Ils devront ensuite se soumettre à des tests réguliers, afin de vérifier que les puces n’occasionnent aucun effet secondaire à long terme.
Puisque Salomé Schwarz et ses collaborateurs sont maintenant affairés autour d’un écran d’ordinateur, il va falloir patienter.
Samanta préfère-t-elle se montrer discrète et attendre qu’on lui donne de nouvelles consignes ? Rends-toi au 6.
Profite-t-elle de ces minutes de répit pour s’observer dans son miroir de maquillage, se repoudrer et aller embrasser Térence, qui la regarde du coin des yeux ? Rends-toi au 5.
Visite-t-elle les lieux pour mieux se familiariser avec son environnement ? Rends-toi au 7.
Lance-t-elle un mini-jeu de tir aux pigeons sur sa BrainBox ? Rends-toi au 8.
Opte-t-elle plutôt pour un jeu d’argent ? Rends-toi au 9.
Lit-elle un cyber-livre ? Rends-toi au 10.
Ou s’isole-t-elle quelques minutes dans le bureau de Salomé Schwarz avec l’intention de fouiner un peu ? Rends-toi au 11.
|