Mini-Yaz 2017 Ora Est Labora (Outremer)
#31
[Révélations à suivre, as usual. Je ne sais pas faire de retour autrement…]

Mon impression à ma première lecture d’Ora Est Labora ressemblait un peu à ça.

Plonger dans un univers inconnu en le découvrant par moi-même, c’est quelque chose que j’aime bien en temps normal. Mais là, c’était un peu trop violent : trop de concepts et de termes nouveaux à retenir. Je veux bien qu’on me jette à l’eau, mais si ça pouvait ne pas être au milieu de la Méditerrannée… !

Il vaut toutefois clairement le coup de faire l’effort — c’est juste dommage que cet effort soit aussi intense —, car, une fois de plus, le monde imaginé par Outremer est un vrai émerveillement. J’ai cru tout d’abord à un univers à la Shadowrun, mais c’est encore plus original que ça. Des adeptes du panthéon romain qui ont appris à rationnaliser leurs interactions avec les dieux au point de les informatiser… C’est tellement fascinant ! Encore un monde que j’aimerais voir développé dans une histoire un peu plus longue…

Et quand l’univers est servi par un style aussi bon, c’est un pur plaisir littéraire. J’adore la plume d’Outremer. Si je devais la réduire à un qualificatif, ce serait… ce serait criminel, déjà, mais ce serait : « limpide ». À lire ses mots, on a l’impression qu’écrire est quelque chose de naturel, tant tout est fluide et cette fluidité rend le texte beau, tout simplement, sans qu’il y ait besoin d’abuser des figures de style, sans fioritures ou phrases ampoulées. Rien que la façon dont Octavia boit son Bloody Mary est tellement bien décrite qu’elle en fait pratiquement ressentir le goût du cocktail…

Éternel bémol : j’ai de nouveau repéré quelques fautes d’orthographe… Désolé, comme dit dans un précédent retour, je n’ai plus l’énergie de les cataloguer au fur et à mesure.

Question jeu, j’ai trouvé la première partie (avant les deux choix finaux), plutôt bien faite, et les choix bien pensés : en réfléchissant suffisamment bien à la situation, on arrive à déterminer qu’est-ce qui est le plus intéressant tactiquement. Certes, c’est très linéaire — éternel problème des A.V.H. courtes —, et le seul intérêt de relire les paragraphes qui précèdent le retour dans le bar est de voir si l’on n’a pas oublié des indices en chemin.

C’est vers la fin que le bât blesse, pour moi. Je ne suis sans doute pas totalement objectif, étant donné que je me suis révélé particulièrement mauvais : je me suis pris TOUS les P.F.A. finaux, incapable que j’étais de déterminer l’identité du Lémure. Quant au tout dernier choix, les Mânes ayant été décrits, au début, comme des êtres inoffensifs, je me suis dit que le Lémure se contenterait de me rire au nez si j’optais pour cette solution. Manque de bol, c’était la bonne, et ce n’était pas des Mânes…

Pourtant, j’ai pensé au bon personnage, au moment où le gamin s’apprête à mettre le feu au bidonville et parle de la ville indigne de lui qu’il compte refaire en marbre… Sauf qu’à côté de ça, les indices me dirigeaient clairement vers un être à la fibre artistique très prononcée, probablement un artiste ou quelqu’un avec un fort désir de le devenir… Or j’ignorais complètement cet aspect du personnage. De même, à aucun moment le discours du chef de gang ne m’a fait penser à lui. Bref, j’ai abandonné cette idée en me disant que j’étais à côté de la plaque. Comme l’A.V.H. proposait de choisir entre quatre personnages en nous décrivant leur physique, je me suis dit qu’il devait y avoir un indice sur l’apparence du personnage quelque part dans l’aventure… Je ne pensais pas qu’il fallait d’abord trouver son identité et ensuite la faire coller avec l’apparence physique (surtout pour quelqu’un né il y a aussi longtemps). Bref, j’étais largué.

Pourtant, j’aime vraiment beaucoup cette idée de proposer au joueur une telle énigme, façon roman policier, sans lui donner la réponse. Ce qui m’a gêné, c’est que ce soit la clé de la victoire. J’aurais préféré : soit que la fin de l’A.V.H. dépende d’un autre mécanisme (la découverte de l’identité aurait alors été un bonus gratifiant pour le lecteur perspicace), soit qu’il y ait une autre façon de l’atteindre, qui ne mette pas hors-jeu les joueurs qui n’ont pas la culture suffisante pour en venir à bout.

Pour finir, j’ai bien aimé, pêle-mêle : en tant que développeur, le côté plutôt crédible de la manière dont Octavia et ses comparses codent — les imports, les fonctions, les scripts créés à la volée… Le caractère des collègues de l’héroïne — je trouve qu’Outremer a beaucoup de talent pour écrire ses personnages. Les P.F.A. intermédiaires : « Et c’est comme ça que je suis morte. Bon, d’accord, j’ai peut-être un peu altéré la fin… » Une petite entorse à la réalité du parcours du joueur sur la toute fin, ça ne me dérange pas ; au contraire, je trouve le procédé plutôt drôle. Bien aimé également la référence au Blues du businessman (tout le passage est vraiment très drôle, en fait). J’admire aussi le souci du détail d’Outremer : le piercing intact, dont on devine qu’il nous sert de micro, la description du comédien buvant à la paille pour ne pas abîmer son maquillage… Enfin, j’ai vraiment aimé la beauté et l’effet saisissant de certaines descriptions, comme celle du Lémure vu à travers les lunettes cassées de l’héroïne (mais pas seulement).

En résumé, un excellent moment de lecture, malgré la difficulté à rentrer dans l’univers (je pense qu’il y a moyen de faire un peu plus doux sans forcément alourdir le texte de trop d’explications), mais une jouabilité, à mon sens, améliorable.
Répondre
#32
(31/08/2017, 15:00)Jehan a écrit : Mon impression à ma première lecture d’Ora Est Labora ressemblait un peu à ça.

Je proteste avec une énergie qui, si on la convertissait en électricité, serait suffisante pour illuminer la ville de Tokyo pendant une décennie. Je n'ai inventé aucun nom, je n'ai mis de tréma nulle part et l'héroïne ne se tape personne au cours de l'histoire (même si c'est dans ses projets au tout début).


(Comment ça, je prends l'exemple au pied de la lettre pour me dédouaner ??)


Citation :Je veux bien qu’on me jette à l’eau, mais si ça pouvait ne pas être au milieu de la Méditerrannée… !

C'était tout à fait voulu et en quelque sorte une expérience.

L'un de mes idéaux, en matière de sci-fi et de fantastique, c'est de décrire un cadre riche et complexe d'une manière succincte et allusive. Ne pas s'engager dans des descriptions extensives du cadre, qui alourdiraient la narration, engourdiraient le rythme et risqueraient de manquer de réalisme (si l'histoire est racontée du point de vue d'un personnage qui est déjà familier du cadre, il est absurde que ce protagoniste passe du temps à réfléchir en détail à des choses qu'il connaît très bien). Faire comprendre le cadre, bien sûr, mais pas forcément dès les cinq premières pages et sans décrire les choses à outrance : il est plus élégant et stimulant de glisser au lecteur des détails et des références qui lui permette de "combler les vides" par lui-même. (C'est une méthode qu'utilisait très bien Roger Zelazny, qui est encore aujourd'hui mon auteur préféré.)

Comme je disais, c'était assez expérimental et je ne prétends pas avoir atteint le but visé. Il faudra que je prenne du temps pour réfléchir, à partir des retours sur cette aventure, au bon dosage de l'information.

Par ailleurs, une chose à laquelle je n'ai pas suffisamment réfléchi, c'est que l'approche "tout de suite dans le bain" fonctionne mieux pour un roman (pour lequel le lecteur accepte de ne pas tout savoir tout de suite) que pour une AVH (pour laquelle le lecteur/joueur a le désir légitime de savoir exactement à quoi s'en tenir, afin de pouvoir faire des choix sensés).


Citation :Éternel bémol : j’ai de nouveau repéré quelques fautes d’orthographe…

Un jour va venir - et il se rapproche - où je vais devoir m'ouvrir rituellement le ventre pour expier mes fautes d'orthographe. (Je suis actuellement en train de consulter la relecture orthographique que Bruenor a fait de "Fleurir en hiver", et je n'en reviens du nombre de fautes d'accord que j'avais laissé passer. Attendez, d'ailleurs... "laissé passer" ? ou "laissées passer" ? Argh !!!)


Citation :les indices me dirigeaient clairement vers un être à la fibre artistique très prononcée, probablement un artiste ou quelqu’un avec un fort désir de le devenir… Or j’ignorais complètement cet aspect du personnage.

J'ai visiblement trop présumé concernant la notoriété de certains aspects du personnage. Mais je pensais que son goût pour la musique était l'une des choses les plus connues à son sujet.


Citation :Pourtant, j’aime vraiment beaucoup cette idée de proposer au joueur une telle énigme, façon roman policier, sans lui donner la réponse. Ce qui m’a gêné, c’est que ce soit la clé de la victoire.

Tout ça était expérimental aussi, mais pour le coup, je suis conscient que j'ai manqué mon coup. Je ne renie pas l'idée de faire deviner quelque chose au lecteur pour lui permettre de gagner, mais je ne voulais pas que l'identité du personnage soit aussi difficile à deviner et je voulais qu'elle aide bien davantage à faire les bons choix à la fin.


Citation :Pour finir, j’ai bien aimé, pêle-mêle : en tant que développeur, le côté plutôt crédible de la manière dont Octavia et ses comparses codent — les imports, les fonctions, les scripts créés à la volée…

La crédibilité que peut avoir cet aspect de l'histoire doit absolument tout à Skarn, qui a passé un bon bout de temps à m'expliquer des principes basiques d'informatique qui pourraient être adaptés pour de la techno-magie, ainsi qu'à m'indiquer des termes que je pourrais employer.


Merci pour tes commentaires ! Je suis heureux de savoir que le style t'a plu.
Répondre




Utilisateur(s) parcourant ce sujet : 1 visiteur(s)