Un caillou dans le désert
#1
Salla, Jehan et moi-même venons de terminer une aventure du "Livre des 5 Anneaux" meujeutée par Skarn. Le principe de base du scénario était simple : "Il y a un gros caillou dans le désert, un héritage vous en a légué un tiers à chacun, démerdez-vous".

Bon, le gros caillou n'était pas totalement dénué d'intérêt, étant l'un des rares point d'eau et lieu cultivable de la région. Mais en lui-même, il ne valait tout de même tous les emmerdes qu'il nous a apporté (d'autant que la région où il se trouve n'était pas exactement d'un grand intérêt stratégique/économique/quelconque).

Nous étions trois nobles bushi, parce que... je ne vois pas bien ce que nous aurions pu être d'autre. Les shugenja, c'est pour les gens qui préféreraient jouer à D&D ; les moines, c'est des ploucs qui ne s'intéressent à rien de ce qui est intéressant ; et les courtisans, ça ne serait pas fichu de triompher en combat singulier d'un paysan armé d'un râteau.

Il y avait Salla de la Mante, qui avait par le passé été magistrat et que ses administrés appelaient respectueusement "Parrain", avant que de basses histoires de comptabilité ne l'obligent à changer d'air. Pragmatique, perceptif, démago, il aurait sans doute réussi à faire du caillou un tripot de renommée régionale doublée d'une plaque tournante du trafic d'opium si les évènements n'étaient venus gâcher ces nobles ambitions. A part ça, très convenable archer.

Il y avait Jehan du Crabe, ghostbuster, promis par le hasard de la création à une sombre destinée, fin diplomate comme le sont tous les Crabes, exceptionnel dresseur de rapaces, doté d'une fascination peut-être excessive pour les quadrupèdes à bosse. Malgré ses vaillants efforts pour être changé en monstre qui aurait mis la contrée à feu et à sang, c'est lui qui a fini en possession de 75% du caillou.

Et il y avait moi-même, Toshizo Matsu. Phénix d'éducation mais Lion de sang, il a alterné de façon quelque peu brutale entre ces deux influences, ne faisant presque rien lors des premières parties puis se livrant à une agressivité exacerbée lors des suivantes. En fin de compte, il a dû faire face à la réalité glaçante qu'il n'était de coeur ni un Phénix ni un Lion, mais bel et bien un Scorpion. Autant pour résoudre ces contradictions intérieures que pour s'affranchir de l'arbitraire qui préside universellement à la réussite comme à l'échec, il a choisi de se retirer dans un monastère à l'issue de l'aventure.
Répondre
#2
Aaaah, sympathique résumé qui me fait me manquer mon Akodo Yasaka du Lion, et sa tendre épouse.
(C'est toujours curieux quand un PJ vous manque comme s'il était une vraie personne...)

Par contre je ne serais pas aussi dur sur les shugenja. J'ai un très bon souvenir du PJ Shugenja du Renard d'un ami, qui était assez fun à avoir dans l'équipe. Et il n'était pas particulièrement D&Déen.

Un peu quand même, mais ça allait aussi avec la façon dont on jouait. Le même groupe de personnages était impliqué dans deux campagnes en même temps, mastérisé par deux MJ différents. Une campagne était plutôt une enquête mystérieuse autour d'un groupe de sorciers pratiquant la magie du sang, et l'autre était plutôt une aventure épique haute en couleur avec une menace sur tout l'Empire et des moments de gros bourrinage avec combat contre des créatures hyper puissantes. (Genre oni géants avec une plaque d'obsidienne sur les yeux pour n'avoir aucun point faible...)
Chaque MJ était aussi un PJ dans la campagne de l'autre, c'était assez spécial.

Bref, à part une fois ou deux où les shugenja ont tout pulvérisé avec des sorts de feu aussi chauds qu'un magma volcanique, l'utilisation de leur pouvoir était plutôt dans le subtile et le dramatique. (Ce qui n'a pas empêché de causer des catastrophes, genre suicide publique d'un daimyo...)
Mr. Shadow

"Ce n'est pas un dragon martien...
-Alors il vient d'où ?
-Les dragons les plus grands et puissants naissent sur Terre... Mais ils viennent hiberner ici, sur Mars. Et tous les un-certain-nombre de milliers d'années, ils redescendent sur Terre."
Répondre
#3
Je me souviendrai toujours de ce grand moment que fut le premier procès.

Pour situer le contexte : après que Matsu Toshizo (le personnage d’Outremer, donc) a renvoyé ad patres un monstre sorti d’une faille que nous étions parti explorer afin de sauver l’âme du défunt compagnon de la fille que nous étions venus déposséder de ses terres (vous suivez ?), Masaru — le magistrat du coin, un honorable membre du clan de l’Araignée —, s’en vient au Roc avec une escorte conséquente pour, officiellement, enquêter sur cette manifestation de magie du sang, l’un des crimes les plus graves qui soit. Toshizo, toujours lui, se dit alors que l’occasion est trop belle et décide donc d’éliminer très honorablement un à un les différents sbires de Masaru. S’isolant dans une remise avec le premier d’entre eux, il l’attaque mais une malchance chronique aux dés fait que le moine de l’araignée le met K.O. sans même être blessé une seule fois…

Le lendemain, au procès, Hiruma Akito (votre serviteur), prend la parole :

« Messieurs, vous avez devant vous Matsu Toshizo. Un samouraï du clan du Lion. Un samouraï de la famille Matsu. Un samouraï qui, il y a deux jours, a terrassé pratiquement à lui seul d’un unique coup de sabre une abomination venue du fond des abîmes. Et l’on voudrait nous faire croire que cet homme a attaqué un simple moine sans être capable de lui porter le moindre coup ?! Soyons sérieux ! Tout le monde pourra témoigner que la lame de Toshizo-san était immaculée, vierge de toute trace de sang. Si vraiment cet homme avait voulu attaquer ce moine, ce dernier serait mort avant même d’avoir pu comprendre ce qui lui arrivait ! Si Toshizo-san a pu être vaincu par un simple moine, c’est qu’il a été pris en traître ! Comment peut-on être aveugle à une telle évidence ? Par conséquent, le bain de sang qui a suivi est du fait de l’Araignée et d’elle uniquement. »
Répondre
#4
L'échec pathétique de mon plan pour amenuiser l'escorte de Masaro n'est qu'une autre illustration du fait que j'aurais vraiment dû prendre un Scorpion : le premier avantage qu'accorde leur école de bushi est justement un bonus à l'initiative. (Un Scorpion aurait peut-être aussi eu moins de scrupules à frapper un garde lambda dans le dos.)

Il y a eu beaucoup de diplomatie dans cette aventure, mais elle était de qualité variable. Parfois, nous avons trouvé des arguments subtils et logiques ; parfois c'était plutôt du genre : "Bon, dites voir, Masaro-san, vous seriez pas un bon gros bâtard de sa mère, des fois ? Hein ? Sauf vot' respect."

Avec le recul, mon concept de personnage n'était pas une idée terrible. D'abord parce que je n'ai pas réussi à m'y tenir tout du long (vers la fin, je virais vraiment Scorpion), ensuite parce qu'il ne collait pas vraiment à ce genre d'aventure et qu'il n'y apportait rien (contrairement aux PJ de Salla et Jehan).
Répondre




Utilisateur(s) parcourant ce sujet : 1 visiteur(s)