[La Loi du Sabre] Le Monastère Oublié
#1
Ce second tome de La Loi du Sabre a les mêmes qualités que le premier.
Yasaka tout d’abord, qui est indiscutablement la meilleure rendition d’un samouraï dans un LDVH. Plus encore; le livre dit « Vous êtes Yasaka » et véritablement il nous fait vraiment voir les choses comme lui, de son point de vue ( son détachement envers les cadavres mutilés qu’il sème sur son chemin est très proche du guro japonais ).

Les aventures de Yasaka-san, et le style dont elles sont écrites, sont l’autre atout sérieux de ce LDVH .Qui pourrait oublier tout l’épisode de la rencontre avec le crocodile géant des marais de Lei Hia, les combats avec les Trois Dévorants… la quête du mage Pei Zhong… le lion d'eau…
Surtout, on constate un net progrès par rapport au premier où les péripéties s’enchaînaient sans autre raison réelle que de remplir le livre. On comprend ici que sa mission demande avant tout qu’il se purifie lui-même et une bonne partie de ces aventures en sont des étapes, qui révèlent d’ailleurs une connaissance sérieuse du taoïsme.


Comme tous les Headline, c'est un anti-OTP. Je compte cela comme un atout.


Au niveau des défauts, ce sont eux aussi les mêmes que dans le premier tome.

- le grand n’importe quoi historique, tout d’abord
Vous vous souvenez sans doute de la présentation de l’armée chinoise comme d’une masse d’incompétents bénéficiant d’une haute technologie et du petit discours, “Samouraï, loin d’être le combattant du passé, tu es le guerrier de l’avenir…” Très bien, c’est complètement faux. La seule supériorité technique chinois ( et des coréens, sur terre ) était l’artillerie, mais celle-ci était trop peu mobile pour servir à autre chose qu’aux opérations de siège.
Autrement, si Yasaka avait VRAIMENT combattu en Corée, il aurait pu voir le tir réglé des mousquets des samouraïs faucher les vagues de cavaliers-archers coréens et chinois…
C’était une autre histoire sur mer où les vaisseaux coréens équipés de canons et, pour certains, cuirassés, ont régulièrement anéanti les flottes japonaises.

Il est dommage que le livre nous resserve l'opposition moisie entre les méchants eunuques qui pervertissent les volontés de l'Empereur et les vertueux ministres.
Il nous prive aussi d’une occasion en or de faire rencontrer à Yasaka un des jésuites qui gagnaient de l’influence à la cour impériale. Il est vrai que cela pourrait le faire vaciller dans ses certitudes, et qu’alors il s’effondrerait; prisonnier de sa mission, d’un code arbitraire et d’une vision idéalisée du passé, il est dépourvu de la largeur et de l’indépendance d’esprit du Prêtre Jean.

- le système de combat foutraque; là c’est comme précédemment mais en pire.
Les combats non seulement déséquilibrés dès le départ vu le système ridicule qui les gère mais encore ABOMINABLEMENT faciles. Comme toujours dans la série, vous pouvez passer directement à la suite dès qu'il est question de la technique ichi: sur une capacité moyenne sabre long+ sabre court de 14/14, l’adversaire le plus puissant, le Démon des Hauts-Fonds, a 1 chance sur 36 de nous infliger 1 point de dommages et 1/12 de n’être pas blessé. Une petite pensée pour lui.
Mais même quand combats se livrent avec d’autres armes il n’y a guère que le Cadavre sanglant ( obligatoire 7/7/11 ) et le Dragon du Fleuve Jaune ( non obligatoire 8/8/1 chance sur 3 de le tuer ) qui présentent un quelconque challenge.


La scène qui résume le mieux ce LDVH est le duel HALLUCINANT contre le guerrier de marbre qui devient chair au même rythme que nous nous pétrifions. Cette scène aurait fait la réputation de n’importe quel auteur d’Heroic Fantasy ( j’ai encore mordu les pieds de mon lit dans un paroxysme de rage jalouse en la relisant… hum, bref). Mais aussi n’importe quel auteur de LDVH aurait trouvé une façon de simuler cela. Eh bien là non, il le dit juste pour faire joli; c’est juste un adversaire qui avec 8/8 en attaque et défense contre nos deux sabres ne va pas faire long feu, shlak shlak shlak et c’est fini.

On est confondu de voir autant de talent aussi complètement gâché.
" Ashimbabbar m'a donné une dague et une épée et m'a dit
: Transperces-en ton corps; elles furent forgées pour toi."
Poème d'Enheduanna
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#2
Très intéressant. Indépendamment de la question de la facilité, je pense qu'il est très courant dans les LDVH que le système de combat ne soit pas à la hauteur des situations qu'il est censé gérer (c'est presque toujours le cas dans les DF, même s'il y a eu des tentatives tardives pour améliorer ça).

Est-ce que tu pourrais nous dire un mot sur le scénario (ou au moins l'idée de départ) ?
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#3
Puisque c'est si gentiment demandé…

Après avoir aidé un jeune seigneur dépossédé à renverser l'infâme usurpateur dans le premier volume, nous avons appris dans sa bibliothèque la cause de la décadence du Japon que nous avons reçu la mission divine ( ou presque* ) d'enrayer: au moment de l'invasion ratée du Japon par les troupes de Koubilaï Khan, un puissant mage mongol a jeté une puissante malédiction qu'il s'agit d'enrayer. Malheureusement, le dernier rouleau ( bah oui, ils écrivent sur des rouleaux ) qui, l'espère-t-on, dévoile comment faire, se trouve dans un monastère au cœur de la Mongolie.
Yasaka va donc devoir aller en Chine, en parcourir une bonne partie, franchir la Grande Muraille et arriver au monastère. Cependant une malédiction le frappera en chemin et il va devoir en contrer les effets en une série d'épreuves qui sont autant d'étapes d'une initiation… ce n'est que partie remise d'ailleurs car il aura encore à l'affronter dans le 3° volume.


Sinon, si sommaire que puissent être les systèmes de combat des LDVH, celui-ci est véritablement un des pires.
Soit: nous avons une dizaine de capacités de combat distinctes ( mais pour 80% des combats ce sera le sabre long, le sabre court ou les deux ensemble ), chacun se subdivisant en Attaque et Défense. Comment connaît-on ses scores dans chaque ? C'est bien simple, on lance 2dés à chaque fois, l'affaire est faite…
La technique ichi ( repompée sur Miyamoto Musashi ) consiste à utiliser le sabre long et le sabre court ensemble, on additionne donc les scores… d'où la moyenne de 14/14 en Attaque et Défense.
Pour combattre, on lance UN dé qu'on ajoute à son Attaque ET à sa Défense dans l'arme concernée, l'adversaire en fait autant. Si notre Attaque est supérieure à sa Défense il encaisse la différence et nous de même si notre Défense est inférieure à son Attaque.
Comme on le voit, tout est inscrit dans les caractéristiques de départ et le hasard est réduit au minimum… au moins dans les DF il y avait 2dés, ce qui permettait une certaine espérance…


* cette mission nous a été confié par l'impératrice divine Himiko. Je veux bien. Ce qu'il y a, c'est qu'elle n'apparaît dans aucun texte japonais, mais seulement dans un texte chinois, les Annales des 3 Royaumes ( Sanguo Zhi ). Ce qu'on en dit, c'est qu'après une longue période de guerres civiles les peuples d'une partie du Japon la reconnurent pour reine; qu'elle s'adonnait à la sorcellerie sur une grande échelle; qu'elle vivait dans une forteresse avec une armée de gardes, servie par mille femmes et un seul homme lequel lui servait ses repas et communiquait ses décisions à ses sujets; qu'elle a offert au royaume de Weï un tribut symbolique de 10 esclaves et de 2 grandes pièces de tissu; et qu'à sa mort tout est retombé dans l'anarchie.
" Ashimbabbar m'a donné une dague et une épée et m'a dit
: Transperces-en ton corps; elles furent forgées pour toi."
Poème d'Enheduanna
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#4
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire. Peut-être aussi parce que je n'ai que ce volume de la série?
Si les règles me semblaient intéressantes, avec la description de nos armes, je n'ai pas trop apprécié le mélange entre réalité et illusion, d'autant que je n'ai pas saisi le moment où se fait la transition. Je crois avoir vaguement compris qu'on "voyage" à l'intérieur de nous-même pour nous purifier.
Parmi les LDVELH de samouraï, mon préféré reste incontestablement La Voie du Sabre de la série Histoires à Jouer, avec en deuxième place l'Epée du Samouraï de la série Défis Fantastiques.
Pourtant, il y a des scènes/passages intéressants dans ce Monastère Oublié, et si je n'ai pas vraiment accroché au style et à l'atmosphère de manière globale, je pense qu'il peut sans problème trouver ses afficionados.
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#5
Suite presque directe de la Marque du Samouraï puisque l'on reprend en main la destinée de Yakasa au moment où celui-ci parvient en vue du port de Nagasaki. L'objectif est d'embarquer pour la Chine puis de traverser cet empire jusqu'en Mongolie, là où se trouve le monastère du titre. La Loi du Sabre 2 relate les aventures qui nous attendent au cours de ce long voyage.

L'ambiance générale de ce nouvel épisode est différente par rapport au précédent. Dans le premier tome, les péripéties se déroulaient dans un contexte très fantastique avec une magie omniprésente, de nombreuses créatures merveilleuses, une nature sauvage, indomptable et beaucoup de pièges végétaux ou de menaces de prédateurs animaux. Ici, l'atmosphère est d'ordre beaucoup plus réaliste.

La plupart des péripéties se passent en effet dans un cadre urbain. Dans Nagasaki au départ avant de trouver un moyen d'embarquer, à Nankin la ville des eunuques, à Pékin et sa fameuse cité interdite. On a droit bien sûr à plusieurs passages en campagne et même en milieu aquatique ou souterrain, mais la civilisation est bien plus présente. On voit que l'on a laissé derrière nous le coeur encore traditionnel de l'ancien Japon pour plonger dans la foule, déjà dense à l'époque, de la Chine côtière.
De fait, les échanges avec les autres humains sont bien plus nombreux qu'avec les monstres et esprits de la Marque du Samouraï. Il en découle des intrigues, un aspect politique pas déplaisant du tout et même assez instructif. Les références aux Intouchables et aux Portugais dans Nagasaki, les pirates nippons, la dictature des eunuques à Nankin, la corruption impériale à Pékin, la guerre des armées chinoises contre les Mandchous près de la Grande Muraille, tous ces éléments historiques tendent à apporter du crédit à l'ambiance extrême-orientale de la saga et à ajouter une épaisseur bienvenue au scénario, là où le premier épisode pêchait par un certain fourre-tout, genre Défis Fantastiques originels, tout au moins dans sa première partie.

Bien sûr, ce réalisme et ces aventures urbaines sont forcément moins colorés et féériques que ne peut le proposer une quête purement fantasy. Mais les auteurs n'ont pas oublié pour autant le fantastique si particulier de leur univers qui n'est que pseudo-historique. On va rencontrer ainsi de nombreux démons, voire des divinités, inhérents à des mers ou à des fleuves chinois. Les traditions locales ne sont jamais des légendes car la magie fait partie de l'ordinaire et du quotidien. Quant aux messages énigmatiques et leçons de philosophie typiquement orientale, nous nous y trouvons en permanence confrontés ; en témoignent les trois malédictions ancestrales dont nous allons devoir nous débarrasser par le biais d'épreuves initiatiques qui nous feront acquérir la sagesse. A ce propos, le passage avec les trois ennemis intérieurs dans les souterrains est plutôt marquant tandis que la pétrification progressive à Pékin est haletante à souhait.

L'humour non plus n'a pas été oublié en chemin entre l'absurde corrida ou l'attaque des ténias géants. L'ensemble est très imaginatif comme l'épisode des maisons construites basses pour que les démons volants ne s'y cognent pas.

Malheureusement, le Monastère Oublié est bien plus linéaire que le premier tome de la série. Cette structure contribue sans nul doute à donner ce sentiment que le scénario est plus sérieux et plus convaincant mais l'aspect ludique en est diminué.
Surtout que trop de choix proposés n'en sont pas de véritables. A savoir des choix qui nous renvoient tous à plus ou moins court terme vers le même paragraphe sans que l'on n'ait été pénalisé par un combat supplémentaire ou par une perte d'Endurance. Personnellement, je n'apprécie pas trop ces cas de figure qui se retrouvent à de nombreuses reprises dans cet épisode.
Après une ou deux relectures, on y perd le sentiment de satisfaction d'avoir pris ou non la bonne décision et de fait, on y perd en pression.

Malgré ça, il s'agit d'un LDVELH un peu plus difficile que son prédécesseur. Les morts en combat sont possibles (ne pas espérer terminer l'aventure avec des scores inférieurs à la moyenne en sabre long à cause d'un combat obligatoire vers le milieu) mais ce sont surtout les PFA directs qui nous tuent, en particulier vers la fin. Entrer et sortir vivant de la Cité interdite n'est entre autres pas une sinécure.
Ceci dit, l'ensemble reste bien dosé et l'on n'est pas souvent tributaire du hasard, c'est déjà ça.

Au final, j'ai le ressenti d'un livre plus mâture, plus porté sur l'aspect historique que sur le fantastique, mais aussi plus sombre, plus déprimant. Le racisme, l'intolérance, la violence, la trahison, la corruption, la souffrance morale et physique ainsi que la solitude sont le lot de cette aventure. En tant que Japonais, nous sommes méprisés par les Chinois. Le Portugais Oliveira veut à tout prix et sans raison notre peau, les Intouchables sont honnis parce qu'ils manipulent de la viande, les clients de bar sont tous alcooliques et violents, les maîtres d'armes tabassent par plaisir leurs élèves, l'administration ne connaît que les pots-de-vin comme langage, les démons les plus puissants usurpent leurs congénères pacifiques, les contrebandiers jouent double-jeu, les eunuques ne sont que des tyrans sans scrupules, les paysans sont opprimés par les brigands. Sans compter la triple malédiction qui nous dévore de l'intérieur.
Mais toutes ces injustices ne font finalement que mettre en lumière le rôle qui nous est dévolu : celui d'un ultime et infime espoir au sein d'un monde cruel en complète déliquescence.
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#6
sinon, il y a une erreur de renvoi: en cas de victoire au 233, il faut se rendre au 133 et non au 53
" Ashimbabbar m'a donné une dague et une épée et m'a dit
: Transperces-en ton corps; elles furent forgées pour toi."
Poème d'Enheduanna
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