[Double Jeu] Coréus le Prince - Bardik le Voleur
#1
Cette paire de LDVELH jumeaux m'a bien plus réjoui que la précédente de la série. Si Darian et Issel s'étaient par moments montrés presque ennuyeux à lire, j'ai au contraire décortiqué avec intérêt les pérégrinations urbaines de Bardik et Coréus.
Déjà, le cadre de la cité de Koragon est bien plus original et cohérent que celui de la Forêt Enchantée. L'ambiance est exclusivement citadine ce qui est déjà en soi assez rare. Mais elle n'a rien à voir avec celles très fantasy des célèbres Cité des Pièges ou Cité des Voleurs. C'est ce qui m'a plu et intéressé au prime abord à la relecture des ces livres-jeux, pourtant guère populaires. Le fantastique y est très peu présent.
Bien sûr, les héros interprétés par les joueurs disposent de sortilèges mais ceux ci sont très facultatifs, on peut fort bien gagner sans en lancer un seul. Quelques créatures monstrueuses existent mais elles sont rares et facilement évitables. Là aussi, on peut parvenir à la fin sans en croiser une seule. Hormis ça, toutes les péripéties sont très réalistes, comme dans la première partie des Rôdeurs de la Nuit. Au programme : cambriolages, fuite devant des gardes, discrétion, enquêtes auprès de personnes louches, visites de tavernes, corruption, intimidation et toutes les autres vicissitudes que connaissent dans leur quotidien les voleurs professionnels du Moyen Age. Tout ça manque parfois d'action mais est au final très cohérent, ce qui ajoute à la crédibilité du scénario général.

L'histoire est assez simple : Coréus le Prince est un barbare débarquant en ville pour y retrouver des reliques qui lui ont été volées. Il va devoir enquêter auprès des receleurs, roublards et des collectionneurs pour les retrouver puis procéder à deux dangereux cambriolages pour les reprendre. Bardik le Voleur n'a pas d'objectif hormis se faire le plus d'argent possible. Il va tomber sur des informations concernant de mystérieuses reliques très précieuses et tout faire pour mettre la main dessus... On voit comment les deux histoires se recoupent facilement.
Rien de passionnant dans ce postulat mais les interrogatoires musclés, les rencontres inopportunes face à des malfrats ou les bagarres de taverne sonnent vrai. Quant aux deux cambriolages, ils sont suffisamment détaillés et dangereux pour instaurer un climat de tension, bien que ça aurait pu être encore meilleur de ce côté-là. Surtout, la cité de Koragon est joliment détaillée entre ses différents quartiers, ses monuments remarquables ou ses bouges aux noms évocateurs. Même si le style n'est plus aussi bon que dans certaines passages d'Issel et Darian (l'un des auteurs a-t-il fait défection?), la ville est vivante, plus finalement qu'une certaine Kharé qui brille bien plus par ses personnages hors du commun que par la description du quotidien de ses habitants. Ici, certains détails aident à s'imprégner de cette ambiance urbaine telle que les centaures-taxis.

Enfin, Bardik et Coréus sont des personnages bien plus attachants que Darian et Issel. Leurs états d'âme sont régulièrement mis en avant et leurs psychologies si différentes. On comprend bien les motivations et les réactions de Coréus, guerrier-magicien vivant dans la cambrousse de manière quasi-tribale et débarquant contraint forcé dans la multitude effrénée de Koragon. Le contraste est flagrant et, à la manière d'un Crocodile Dundee, il découvre avec surprise et maladresse les codes qui régissent cette autre civilisation. C'est vraiment le choc des cultures.
Tout à l'inverse, Bardik nage comme un poisson dans les eaux troubles de la cité, habitué aux ruses et astuces qui permettent de survivre dans cette jungle urbaine peuplée de prédateurs aux dents longues (brigands mortifères et autres contrebandiers sans scrupule) et de riches parvenus protégés par leur armada de gardes du corps. Ce contraste est flagrant quand les deux hommes se rencontrent, Coréus a tendance à se la jouer bourrin et donc à causer des ennuis tandis que Bardik brille par ses talents de diplomate, sa langue agile et son esprit aiguisé.
Même dans leur état d'esprit je les ai trouvés très intéressants. Coréus est un barbare certes, mais un barbare noble. Son honneur ne supporte que peu de souillures et gare à celui qui le tournera en dérision. D'autant plus que le gaillard dispose d'une magie puissante et se montre incroyablement doué avec ses haches de jet. Bardik lui n'a aucune famille, aucune attache, aucune passion autre que celle de l'appât du gain. Il est prêt à tout pour s'enrichir même si le défi de réussir à voler une maison inviolable est finalement aussi important que le résultat de ses rapines. Son amour-propre ne repose pas comme Coréus sur son ascendance ou ses traditions séculaires mais sur ses talents de monte-en-l'air. C'est un voleur, mais un voleur fier.

Dommage que le rythme de l'aventure ne soit pas plus intense, le même défaut que pour les tomes 1 et 2 de la série. Certaines rencontres sont vraiment intéressantes, certains monstres vraiment effrayants et certaines scènes de combat vraiment intenses mais malheureusement, il est probable de passer à côté. Ainsi, en faisant les bons choix, on peut réussir l'aventure de Bardik avec un seul test mortel et sans combattre une seule fois. Pour Coréus et l'aventure en duo, ce n'est pas le cas car on est alors confronté à un combat final obligatoire et quasi ingagnable mais par ailleurs, on peut également y réussir l'enquête et les deux cambriolages sans accomplir de prouesse. Dans ce cas, on ressent une grosse déception d'avoir accompli une tâche peu compliquée, assez courte et sans évènement à retenir.
C'est un comble mais ce sont en fait les choix les moins profitables en termes de jeu qui permettent d'obtenir une aventure plus dynamique. A mon avis, il 'agit vraiment du gros écueil de des aventures, ce manque de péripéties si on fait les bons choix (qui sont faciles à deviner, que le lecteur lambda aura tendance à prendre lors de ses premières lectures).

La jouabilité est aussi contestable.
Les combats sont pourtant équilibrés et peuvent être évités. La liberté d'action est grande et il est plaisant de trouver d'autres passages et d'autres rencontres à chaque tentative. Dans leur structure, les aventures sont plutôt réussies avec quelques noeuds : quelques paragraphes convergents au milieu d'une multitude de voies différentes. Quant au challenge, il est appréciable car si le chemin idéal n'est pas trop compliqué à trouver, les occasions de mourir sont nombreuses entre les combats difficiles (surtout ceux où l'on est en infériorité numérique) et les tests de caractéristiques mortels. D'autant plus que les fins d'aventure de Bardik sont différentes.

Malheureusement, certains bugs dans les règles cassent le plaisir. En premier lieu la magie. Les sortilèges sont plus nombreux et plus intéressants que dans les tomes 1 et 2 mais leur utilisation en plein combat n'est pas explicitée, alors que pendant l'aventure on nous propose sans cesse de lancer un sort pendant une bataille. Les coûts en points d'endurance de certains sorts semblent erronés. Quant aux erreurs de renvois de paragraphes, elles sont moins nombreuses que pour Issel-Darian mais existent quand même.
J'ai quand même noté une amélioration dans le jeu à deux. Les possibilités de se croiser sont plus nombreuses et à des moments plus divertissants. Ainsi Coréus peut sauver Bardik alors qu'il est poursuivi par une foule en colère tandis que le voleur peut aider le prince lors de leur première rencontre à se défaire de deux vide-goussets.

En conclusion, ces LDVELH ont une véritable identité grâce à leurs héros charismatiques et leur ambiance urbaine plutôt inédite. Malheureusement ils sont desservis par un manque d'action et de rencontres marquantes, par des approximations très dommageables dans les règles et dans les renvois de paragraphes... et par des illustrations souvent hideuses.

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#2
J'avais lu ces livres en duo avec Jehan sur MSN il y a quelques années et je n'avais pas été franchement convaincu. Effectivement les personnages sont sympas et les dialogues sont souvent ironiques mais les péripéties rencontrées sont très peu marquantes et la quête de Coréus n'est pas franchement palpitante. En fait, je ne me rappelle quasiment rien de notre parcours, c'est dire ! La difficulté est en plus mal gérée avec comme tu le signales un combat assez redoutable à la fin du livre (qui nous avait d'ailleurs côuté la vie) et quelques PFA assez vicieux.

Bref, pour une vraie intéraction entre joueurs, l'Epée de Légende ou Défis et Sortilèges me semblent largement au dessus des Double Jeu.
Debout, debout cavaliers de Théoden!
Les lances seront secouées, les boucliers voleront en éclat,
Une journée de l'épée, une journée rouge avant que le soleil ne se lève !
Au galop ! au galop ! courez ! Courez à la ruine et à la fin du monde !
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#3
Pour Coréus le Prince :

Déception ! Je n'avais pas gardé grand souvenir de ce livre, lu vers 12 ou 13 ans, et à le relire aujourd'hui, je comprends pourquoi :

- intro super vite expédiée, peu immersive
- règles qui pourraient être mieux expliquées
- aventure très courte
- combats qui semblent peu jouables (adversaires nombreux, HABILETE élevée). Beaucoup de régénération d'ENDURANCE au début quand ça ne fighte pas, et pas du tout à la fin quand ça fighte beaucoup : pas logique...
- les sorts ne servent quasiment jamais (on ne m'a proposé qu'une seule possibilité de lancer un sort : Résistance des Parois)
- sur le chemin le plus évident, les choix ont peu d'importance car ils amènent en général très vite au même point. J'ai ressenti l'aventure comme assez linéaire.
- récit pauvre car fort peu de descriptions, d'une ville qui semble pourtant haute en couleurs et de lieux intéressants (demeure de Serphan, son cabinet de curiosités, sa bibliothèque d'incunables...). Fort peu de dialogues, pourtant importants pour l'interaction avec Bardik, creuser le personnage, notre relation, tout ça...
- des reliques sacrées assez faciles à trouver, presque pas d'enquête, et on les retrouve en fracturant deux fenêtres et en semant quelques gardes. Mouais. Dans le genre sécurité haut de gamme, c'est raté.
- un final aussi expéditif que le début, pas vraiment le point d'orgue ou le climax attendu !

Les qualités en termes d'ambiance, de jeux, etc. signalées par Fitz ci-dessus sont réelles, mais à l'état de jeunes pousses, d'intentions, de possibilités à demi exploitées... A moins de lire et relire le livre pour traquer quelques bons passages cachés dans les coins.

Autres points positifs, alors... Le jeu à deux doit faire passer la pilule, l'interaction avec l'autre joueur comblant sans doute les trous. Et puis la couverture est jolie, bel effet de lumière sur le buste de Coréus. A part ça...

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#4
Pour Bardik le Voleur :

Encore pire, vu que la majeure partie des péripéties est à présent connue. Ce sont forcément les mêmes, pour l'essentiel, que dans Coréus.

Les règles sont copiées-collées du tome précédent, et ne sont donc pas personnalisées pour Bardik ; ça aurait été sympa. L'intro est toujours aussi expéditive, le final toujours aussi creux.

Des points positifs toutefois :

- la même scène (Coréus qui discute "diplomatiquement" avec un aubergiste courtois) illustrée de deux points de vue différents : Coréus 52, Bardik 330. Un miroir rond et convexe reflète la partie de la scène qui ne serait autrement visible que dans l'illustration jumelle. Clin d'oeil probable de l'illustrateur, Paul Bonner, au tableau de Van Eyck bien connu.

- Quelques petites remarques que Bardik se fait sur la balourdise de son compagnon. Ce jeu sur les manières différentes de voir, sur le regard que chacun porte sur l'autre, aurait pu être bien + travaillé et aurait donné du sel à la lecture.

- Dans Coréus on nous parlait deux fois d'aller aux prostituées (294 et 49), dans Bardik on en voit une : illustration du 17. Notez le Nain, langue pendante, le regard égrillard, fasciné par une belle de nuit dont il n'a dû voir que peu de représentantes dans ses cavernes natales.

- Affrontement avec un Mort-Vivant dans un mausolée derrière le temple. Bien vu, je ne m'y attendais pas : des prêtres qui entretiennent cette vieille chose décomposée (mais toujours redoutable) en la nourrissant de sang au tuyau...

- Une fin alternative mieux écrite que les autres, en cas de jeu solo et/ou de mort de Coréus : Bardik est mené par les reliques jusqu'à la tribu (65). D'autres fins en solo sont plus simplettes : 217 et 250.

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