La mine perdue de Phandelver
#26
J’y suis peut-être allé un peu fort…

Nous sommes de retour dans le repaire des Cragmaw. On récupère pendant que leur chef roupille pas loin. Mon Argument l’a convaincu qu’il avait besoin de repos.

Comme prévu, nous sommes repartis au petit matin sur la piste des Trois-Sangliers jusqu’à l’endroit où les deux carcasses de bourrin finissaient de pourrir, puis nous avons repris le chemin qui nous avions suivi il y a trois jours. Les « pièges » avaient été réamorcés ; on s’est contentés de les contourner. Comme d’habitude quand on fait des escapades sylvestres, Wulf ouvrait la marche, Pierre la fermait et Goth occupait les trois quarts de mon champ de vision.

Nous sommes arrivés devant la caverne, un peu moins la fleur à l’arc que la dernière fois dans le sens où on a fait gaffe à ne pas se faire repérer par les gobs postés dans leur perchoir. Pierre a envoyé son rat sur l’autre rive pour reluquer les peaux-vertes avant qu’on ne les charge, les prenant par surprise. Le bouclier d’un des deux gobelins ayant eu le mauvais goût d’arrêter ma flèche, j’ai foncé à travers les arbres pour le prendre à revers et lui taper dessus avec Arguy. Ouais, parce que Serre, elle est jolie mais elle est lourde.

L’autre avait décidé de s’en prendre… au rat de Pierre. Ça a dû fâcher ce dernier, qui l’a foudroyé aussi sec avant de lancer un splendide rayon de givre qui a raté sa cible mais probablement refroidit quelques écureuils dans le passage. Wulf a mis fin au débat en transperçant la gorge du gobelin d’une flèche bien placée pendant que j’échangeais des politesses avec son compère.

La cavalerie est arrivée sur ces entrefaites, et le premier des deux nouveaux venus a balancé un violent coup de fauchon sur… le rat. Il existe une haine ancestrale entre les gobelins et les rongeurs, ou quoi ? En tout cas, l’animal qui avait si brillament esquivé l’attaque précédente n’a rien pu faire cette fois-ci, disparaissant en fumée. Quand on sait que Pierre doit brûler l’équivalent de dix pièces d’or en charbon, encens et herbes à chaque fois qu’il veut l’invoquer, je pense que le mago a plus souffert du coup que la bestiole.

Les renforts étant à peu près aussi mauvais à l’arc que leurs collègues, ils ne nous ont guère posé de problèmes. Wulf en a de nouveau éliminé un pendant que j’enfonçais sournoisement habilement ma lame entre les omoplates de l’autre.

Et Goth, me direz-vous ? Eh bien je pense qu’il a vécu un traumatisme dans cette caverne étant petit, vu qu’elle est systématiquement synonyme de déboires pour notre pauvre guerrier. Non seulement il n’a pas réussi à toucher une seule fois, que ce soit à l’épée ou au javelot, mais il a également reçu un méchant coup de fauchon de la part du dernier gob…

Une fois le fracas des armes évanoui, nous avons pénétré pour la seconde fois dans le repaire des Cragmaw. Le torrent était revenu à son bas niveau… J’ai décidé de refaire un peu de grimpette dans la cheminée que j’avais déjà escaladée la première fois, mais en prenant le temps de me servir de mon matos d’escalade, cette fois, histoire de ne pas me casser la gueule. Rien n’avait changé dans la grotte : le feu brûlait toujours, avec autour les deux gobelins, Klarg et un gros loup. À croire qu’ils sont vissés au sol, ces cons-là.

À la demande de Goth, je suis parti explorer le tunnel que nous avions emprunté la dernière fois. Sans ma lanterne, je ne me suis pas fait repérer, et si j’y voyais que dalle, mon ouïe fonctionnait toujours, elle. Ayant repéré un peu d’activité, et avec le renfort de Wulf revenu sur mes talons, on a décidé d’attaquer sans attendre. Il faut dire que la dernière fois, la subtilité n’avait pas tellement bien marché.

Taïaut ! Cette fois, ce sont trois gobelins qui nous attendaient autour du feu. Je ne suis pas sûr de savoir ce qui m’a rendu euphorique, mais j’en ai tué deux d’un seul coup à chaque fois ! Wulf a eu l’autre d’une flèche et d’un coup d’épée — non sans encaisser lui-même un soufflet, néanmoins —, avec l’aide de Pierre et de Goth, venus nous soutenir. Enfin, l’« aide »… L’elfe s’est contenté de rafraîchir un peu la coupe de cheveux du Cragmaw et Goth a… Oui, raté son coup.

Comme il n’y avait rien d’intéressant dans la salle, nous sommes retournés du côté du pont. Goth avait vu un gobelin un peu plus tôt. Il a pris un peu d’avance avant de revenir nous dire qu’il avait entendu le gob détaler — en fait, il aurait peut-être dû embrasser une carrière d’espion plutôt que de guerrier. J’ai pris la lanterne à Pierre et je suis passé devant, étant le plus apte à m’extirper quand ça devient un peu trop chaud. Effectivement, une fois le pont passé un nouveau groupe de gobelins nous attendait en embuscade, mais ils n’ont pas réussi à nous surprendre.

Nous étions devant une cascade qui faisait un bruit assourdissant et remplissait deux réservoirs artificiellement créés à l’aide de murets de pierres. Ça explique comment ils ont tenté de nous noyer la dernière fois.

Nous nous sommes débarrassés sans trop de soucis des trois gobelins. Pierre est revenu sur nos pas pour descendre du pont et remonter le torrent afin de les prendre à revers, concluant sa manœuvre par un magnifique éclair de givre qui a instantanément tué sa cible. Goth, peut-être fâché contre sa hache, a décidé d’être moins subtil (enfin, encore moins subtil) en chargeant un deuxième gobelin pour le faire tomber dans la flotte. Plouf ! Le dernier a profité de l’inattention du guerrier pour lui asséner un coup de fauchon, mais il n’a fait qu’heurter son armure. J’ai alors profité de son inattention à lui pour enfoncer traîtreusement adroitement mon épée dans son dos.

J’ai alors couru jeter un œil rapide dans la caverne attenante, qui selon toute vraisemblance était celle où se trouvaient Klarg et son orchestre. Sans doute à cause du bruit de la cascade, ils ne nous avaient pas calculés. Ou alors, ils étaient vraiment vissés au sol.

On a éclairci ce dernier point très vite. Se plaçant devant l’entrée, Pierre a levé les mains et un vent violent s’est mis à tout balayer à l’intérieur. C’était comique de voir les peaux-vertes se faire emporter par les rafales. L’un des gobs s’est au passage cramé les fesses sur le brasier (que le vent avait eu le bon goût de ne pas éteindre), tandis qu’un autre est tellement resté scotché à la paroi du fond que je ne serais pas surpris qu’il ait partiellement fusionné avec la pierre. La bourrasque déchaînée par Pierre, si elle était d’une efficacité redoutable, l’empêchait toutefois de prendre part au combat… Du moins, avec les mains. Les pieds, eux, pouvaient encore mettre des tatanes au pauvre gobelin éjecté par Goth un peu plus tôt pour le refaire tomber à la flotte chaque fois qu’il tentait misérablement de se hisser sur la berge…

C’est peut-être à cause du vent, mais Goth a raté son lancer de javeline de façon si spectaculaire que je ne pense pas qu’il aurait fait mieux en cherchant à le faire exprès. Wulf non plus, pour une fois, n’était pas à la fête, ses flèches n’atteignant pas leurs cibles, aussi a-t-il décidé d’épauler Goth, pas en veine, au corps à corps. Cela les plaçait sous le vent de Pierre, mais nos deux guerriers tenaient bien mieux sur leurs jambes que la clique à Klarg, qui s’employait péniblement à rester ou revenir à leur contact en gueulant des trucs du genre : « Qui ose affronter Klarg ?! » ou « Klarg est invinciiible !!! »

Malheureusement, les deux humains ont fini par prendre tellement de dégâts que Wulf a finalement battu en retraite pour récupérer un second souffle tandis que Goth, qui commençait quelque peu à ressembler à un joli hérisson avec ses flèches et javeline plantées un peu partout, décidait de se contenter de parer les coups pour laisser ses camarades se charger du boulot. Tactique payante, car ça m’offrait des cibles de choix. Ou alors il y a un dieu pour les archers, qui, lassé de Wulfwig, a fini par remarquer mon existence, vu que j’ai tué un gob et le loup d’une flèche tandis qu’une autre se plantait dans le gras de Klarg.

Cette liposuccion sauvage l’a cependant beaucoup moins affecté que la perte de son loup. Au moment où mon trait transperçait œil, cerveau, os et fourrure (dans cet ordre), son maître a hurlé « Ripper ! » et s’est mis à détaler ! Non, mais, oh ! depuis quand les boss abandonnent le combat ? Ce mépris des traditions me débecte. Je comprends qu’il boude parce qu’il a perdu son toutou, mais il avait qu’à lui choisir un nom moins moche, aussi.

J’ai aussitôt ramassé ma lanterne et me suis mis à courir à en perdre haleine pour revenir à l’entrée de la grotte afin d’intercepter ce mauvais joueur. J’ai peut-être des petites jambes, n’empêche qu’à la course, personne ne me bat ! Arrivé dans la grotte à la cheminée, j’ai découvert en bas d’icelle un Klarg en piteux état. Probablement avait-il pris quelques dégâts en sautant dans le puits pour s’échapper… Jugeant que tout soin nécessiterait au préalable une anesthésie générale, j’ai sorti mon Argument massue… mais je l’ai asséné avec un enthousiasme un petit peu trop critique, car il se trouve que, Pierre ayant rejoué les marchands de sable, le bougre roncaillait déjà. Oups. En même temps, si on me dit rien…

Pendant que j’admirais la bosse sur le crâne de l’ex-chef des Cragmaw, Goth et Wulf exécutaient les deux gobelins restants et fouillaient les lieux. Quelques caisses avaient dû être piquées au Lion Shield, puisque leur symbole était peint dessus. Rien que des provisions dedans, cependant. Seul un coffre sortait un peu du lot. Pierre m’ayant rejoint, je suis retourné l’examiner. C’est qu’ouvrir un coffre fermé à clef, c’est une opération délicate. Il faut des mains expertes et du doigté, ou on a vite fait de se prendre un dard empoisonné ou une combustion spontanée… Bon, il se trouve que celui-là était ouvert. Mais quand même.

Outre plein de pièces de cuivre et quelques pièces d’argent (mouais), j’ai dégoté deux potions de soins (c’est mieux) ainsi qu’une petite statuette en jade aux yeux d’or représentant un crapaud… D’après Goth… Nan, je déconne : d’après Pierre, il s’agirait du dieu des goblours. Le pauvre était sans doute l’un des derniers à choisir quand le panthéon, là-haut, a décidé qui s’occuperait de quoi.

Ah, oui, on a aussi retrouvé l’armure et les armes de Sildar. Il sera content de nous les racheter récupérer.
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La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 02/05/2020, 20:12
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RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 18/08/2020, 18:08



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