La mine perdue de Phandelver
#21
Nous sommes riches !

J’ai passé une bonne partie de la nuit isolé dans ma chambre à l’auberge pour compter le magot. Ça m’a rappelé l’époque où j’étais comptable… Les autres pioncent, mais moi, je n’ai nul besoin de dormir quand je peux me requinquer en manipulant or et pierres précieuses.

On s’est reposés une ou deux heures chez la prêtresse elfe — très jolie, au passage, surtout en costume de nuit — avant de reprendre la direction du manoir. En sortant, nous avons aperçu des torches qui brûlaient vers le nord du village. Je me suis approché pour épier. Trois ou quatre Redbrands avinés poussaient des gueulantes du genre : « Eh ! Oh ! T’es où, abruti ? Faut pas partir comme ça ! » J’en ai conclu qu’ils étaient à la recherche du type qui s’était enfui quelques heures auparavant. Sacrée aubaine, car ça voulait dire que notre petite aventure souterraine n’avait pas encore été remarquée.

Une fois de retour dans le repaire des bandits, nous sommes retournés près de la seule porte que nous n’avions pas encore ouverte, de l’autre côté du couloir au nord de la pièce où nous avions interrompu la partie d’osselets — faut voir le bon côté des choses : avec quatre cadavres, d’éventuels futurs joueurs ne manqueront pas de matériel. Nous n’avons repéré aucune trace du nothic sur le chemin, mais avec la fatigue, je doute que nos sens était très affutés.

Derrière la porte, j’ai entendu un bourdonnement que je ne suis pas parvenu à identifier. On a préféré la jouer prudents. Pierre a envoyé son rat explorer une autre pièce qu’on n’avait pas visitée la première fois. Hormis de nouvelles caisses et tonneaux, rien de particulier. On s’est quand même dirigés par là, et Goth et moi nous sommes mis à la recherche de portes secrètes. Bingo ! Dans le mur ouest, un passage dissimulé menait à une volée de marches descendantes. Le pan de mur, une fois de plus, était destiné à s’ouvrir vers nous, indiquant une sortie plutôt qu’une entrée.

L’escalier se terminait devant un mur ; évidemment, il dissimulait un deuxième passage secret. L’ouvrant de la même manière que le premier, j’ai pris la lanterne des mains de Pierre — prenant quand même la précaution d’en rabattre le capuchon — avant de me glisser dans la pièce… Une chambre à coucher. Des tentures rouges aux murs. N’entendant aucun bruit, j’ai augmenté un peu l’éclairage ; à mes yeux s’est alors révélé le mobiler de la pièce. Devant moi, un bureau sur lequel un grimoire ouvert était posé. En face, un lit. Au pied d’icelui, un coffre. Juste à côté, un bâton semblant fait de verre. Sur le matelas, une robe de magicien. Dans ladite robe, un magicien.

J’ai cherché à le planter immédiatement pour m’excuser de l’avoir réveillé, mais malgré ses yeux éblouis par la lumière, il a réussi à éviter ma lame en roulant sur le côté… Pas la flèche de Wulf, toutefois, ni les deux coups de hache de Goth, et encore moins les trois missiles magiques de Pierre… Le voir crier et cracher du sang m’a fait de la peine, alors je lui ai plongé Argument Ultime dans le cœur pour l’apaiser. C’est à ce moment précis que j’ai réalisé que j’avais des choses à lui demander. Ma sensibilité me perdra.

Pierre a affolé mon détecteur de bobards en prétendant que s’il n’avait pas oté les protections magiques de Glasstaff, on n’aurait jamais vaincu ce dernier. Peut-être était-ce pour se justifier de rafler le bâton, le grimoire et les parchemins qu’on a trouvés dans le coffre… M’enfin, je m’en moquais, de toute façon, bien plus intéressé que j’étais par le tas d’or, d’argent et de pierres précieuses qui se trouvait au fond du coffre.

En fouillant le bureau, j’ai fait une autre trouvaille des plus intéressantes : une lettre signée d’une araignée noire… En voici le contenu :

« Seigneur Albrek,

Mes espions à Neverwinter me rapportent que des étrangers sont en route vers Phandalin. Il est possible qu’ils travaillent pour les nains. Capturez-les si vous le pouvez, tuez-les si nécessaire, mais empêchez-les d’interférer avec nos plans. Assurez-vous de me faire parvenir toute carte naine en leur possession en toute hâte. Je compte sur vous, Iarno. Ne me décevez pas. »

Ainsi, Glasstaff et Iarno, le type dont nous avait parlé Sildar, ne font qu’un, et ce dernier a trahi l’alliance des Seigneurs. Je suis curieux de découvrir la réaction de l’ex-garde du corps, demain, quand on lui montrera le papelard et la tête de son ancien collègue. Car oui, j’ai décapité le mago pour avoir une preuve de notre succès. Elle trône juste à côté de moi en ce moment même, ses yeux vitreux fixés sur le parchemin que ma plume recouvre d’encre au fur et à mesure. Je crois d’ailleurs lire dans son regard éteint qu’il apprécie mon style.

La chambre de Iarno/Glasstaff n’était dotée que d’une seule porte (sans compter le passage secret), derrière laquelle on entendait des bruits de goutte à goutte et de bouillonnement. Goth voulait voir ce dont il en retournait, mais on n’avait guère envie de prendre le risque de tomber sur un quelconque gardien placé là par le mago, surtout maintenant que la mission était accomplie, alors on est simplement revenus sur nos pas, près de la crevasse où Mirma nous avait dit que les Redbrands avaient jeté son mari. Wulf et Goth, tenant chacun une corde, m’ont aidé à descendre en rappel. C’est alors que nous avons entendu une voix résonner dans nos esprits : « Nooon ! C’est à moi !… »

Le nothic, furieux qu’on pille son garde-manger, s’est précipité vers nous. Goth m’a remonté en urgence pendant que Wulf décochait une flèche vers la créature, mais pour une fois il l’a complètement ratée. Pierre est toutefois parvenu à la ralentir avec un rayon de givre, et, triste qu’il ne nous considère plus comme ses amis, j’ai à mon tour sorti mon arc et lui ai tiré dessus. Ça ne lui a pas plu. Il m’a regardé, son œil s’est contracté, j’ai entendu : « Meurs ! » et ma peau s’est mise à noircir…

Inutile de dire que je douillais, et qu’une retraite stratégique derrière les tonneaux de la pièce attenante s’imposait. Au final, la hache de Goth, la magie givrée de Pierre et nos flèches, à Wulf et moi (bon, surtout à Wulfwig ; ce type est la mort avec un arc à la place de la faux…), ont eu raison de l’ingrate créature. Les derniers instants entre elle et Goth ont ressemblé à ça :

« Meurs !
— Toi, meurs !
— Menteuuurs… »

Pierre est alors descendu à ma place au fond du gouffre où le nothic venait de chuter. Il y régnait un froid pas naturel, qui avait pour effet d’empêcher les corps qui s’y trouvaient de pourrir. Ça n’empêche pas que le cadavre de Thel Dendrar, le mari de Mirma, n’était pas beau à voir, éventré et à moitié bouffé…

On l’a quand même remonté, ainsi qu’un coffre qui se trouvait là. Je me demande bien pourquoi mais je ne vais pas me plaindre : outre de la thune, de nouvelles gemmes et une potion de soins, il recélait une magnifique épée dans un fourreau en argent…

Il ne devait pas être loin de 2 heures du matin quand on a rendu le corps de son mari à la pauvre Mirma. Évidemment, elle a fondu en larmes, et nous a demandé de l’aider à l’enterrer, ce qu’on a fait avant de rentrer à l’auberge.

Où, donc, je me suis occupé de l’inventaire et du partage du butin, à savoir :
— 75 pièces de cuivre ;
— 356 pièces d’argent ;
— 22 pièces d’électrum ;
— 277 pièces d’or ;
— un bandeau serti de pierres semi-précieuses ;
— une paire de boucle d’oreilles serties de rubis ;
— cinq malachites ;
— cinq cornalines ;
— deux péridots ;
— une parfaite perle blanche.

Soit pas loin de sept-cents chèvres, sans compter le bâton et l’épée, qui valent facilement plusieurs fois ce montant… J’ai gardé l’épée avec moi, Goth ne pouvant se résoudre à laisser sa hache — un héritage familial — et Wulf préférant les épées qui se manient à deux mains. La poignée est ouvragée ; le dessin représente un oiseau de proie les ailes déployées. Sur la lame, un nom est gravé : Serre. Notre encyclopédie vivante — Anarondo —, m’a raconté son histoire. L’épée aurait appartenu à un certain sir Haldif Tressendar, un grand chevalier des temps anciens, mort en combattant les orques lorsque ces derniers ont attaqué son manoir et la ville. Son tranchant est magique. Je vais peut-être la rebaptiser « Argument Ultime 2 ».
Répondre


Messages dans ce sujet
La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 02/05/2020, 20:12
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 02/05/2020, 20:41
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 15/05/2020, 20:38
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 19/05/2020, 19:51
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 26/05/2020, 20:48
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 06/06/2020, 18:13
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 06/06/2020, 19:20
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 07/06/2020, 21:51
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 13/06/2020, 18:01
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 17/06/2020, 19:32
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 17/06/2020, 20:28
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 26/06/2020, 17:08
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 26/06/2020, 18:12
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 05/07/2020, 18:20
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 11/07/2020, 17:14
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 18/07/2020, 16:06
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 19/07/2020, 13:26
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 20/07/2020, 08:34
RE: La mine perdue de Phandelver - par Skarn - 03/08/2020, 17:34
RE: La mine perdue de Phandelver - par Jehan - 18/08/2020, 18:08



Utilisateur(s) parcourant ce sujet : 2 visiteur(s)