Définition de la littérature interactive
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(20/01/2017, 20:57)Shamutanti a écrit : Si on parle de littérature interactive, j'exclus les textes sans choix ne comprenant que des combats, énigmes, cherche-et-trouve et autres jeux : le récit n'est pas interactif.
Cette remarque est énorme !

Mettons que j'écrive un texte de x pages : c'est un roman/nouvelle classique. Maintenant, je remplace toutes les scènes d'actions écrites par un combat à faire au dé. Je dois donc écrire les règles de combat et définir les caractéristiques du personnage principal et de ses ennemis. Je peux aussi placer 2-3 énigmes correspondant à l'intrigue (par exemple, un jeu de puzzle pour simuler le fait que le personnage tente d'ouvrir un coffre ou une porte fermée), en précisant que tant que le lecteur n'arrive pas à la résoudre, il ne peut pas continuer l'histoire. On peut être gentil en proposant les réponses à la fin de l'ouvrage.
Question : ce "truc" est-il de la litterature interactive ?
Réponse : d'après ma définition postée au début du thread, non ! Car il n'y a pas de destructuration de l'histoire. En fait, je ne suis monté le bourrichon à réduite l'interactivité de la littérature à ce seul paramètre : présence de sections.
MAis maintenant, j'en suis plus trop sur. Car il faut avouer que, en dehors de l'aspect linéaire et l'absence de sections, le joueur n'est pas aussi passif que lors d'une lecture classique. Rien que le fait de faire les combats à coup de lancer de dé et de résoudre des énigmes EST une forme d'interactivité. Donc, cette littéracture devient interactive, quelque part. La question est de savoir si cette activité intelectuelle et manuel induit epar le livre et l'auteur en fait une oeuvre de littérature interactive.

D'où la re-question : qu'est-ce que l'interactivité ? Comment définit-on la ? Sachant que cette interaction se déroule entre le lecteur et une oeuvre littéraire (indépendante de son carcan/contenant, c'est-à-dire livre, pdf, etc). Je pense que l'auteur est hors sujet, car non-présent lors de la lecture.
Avec cette base du couple (lecteur/texte), je pense que la réflexion de l'interactivité peut s'analyser plus clairement : le contact avec la littérature (générale/classique) est relativement passive, car le lecteur se borne à lire les mots dans leur ordre d'écriture. Son activité physique liée à la lecture sera juste limitée par le mouvement des yeux, le fait de tourner une page à un rythme régulier (ou de cliquer), voire de manifester un sentiment : rire, pleurer, être surpris, interpeller quelqu'un de son entourage pour partager une réflexion sur ce qu'il a lu, etc... Par abus de langage, on pourrait mettre toutes ces manifestations dans le terme "lecture passive".
La littérature interactive définit, de par l'adjectif acollé, un genre particulier de la littérature. Avant d'aller plus loin, il convient de définir interactivité. Les termes interactivité et interactif ne sont pas reconnus par le CNRTL actuellement. Mais on y trouve interaction : Action réciproque de deux ou plusieurs objets, de deux ou plusieurs phénomènes. On peut sans trop ruer dans les brancards que "interactivité", de par son suffixe -ité exprimerait la fonction "interaction" et qu'interactif(ve) en serait l'adjectif. Par conséquent, je prends la liberté de dire que Littérature interactive = Littérature générant une action réciproque de deux ou plusieurs objets, ici, le lecteur et le texte.

Nous voici devant un nouveau dilemne : rire aux éclats devant un roman de San-Antonio fait-il de "De l'antigel dans le calbute" une oeuvre interactive ?
Peut-être qu'en regardant "action réciproque" de plus près...
Action : Opération d'un agent (animé ou inanimé, matériel ou immatériel) envisagée dans son déroulement; résultat de cette opération
Réciproque : (Ce) qui s'exerce entre deux (groupes de) personnes, (d') objets ou (d') éléments quelconques, l'action exercée et l'action reçue étant équivalentes.
Ah ! Réciproque peut apporter son aide. La définition se précise (au passage : littérature = Usage esthétique du langage écrit)
Littérature interactive : Usage esthétique du langage écrit générant des actions, du lecteur sur le texte et des actions du texte sur le lecteur ; ces actions étant de valeur équivalente.
Le lecteur rit, le livre ne rit pas : ce ne sont clairement pas des actions équivalentes, donc la "lecture passive" que j'ai défini précédement n'est pas de la lecture interactive.

Définir la littéracture interactive consisterait-il à définir un ensemble "d'actions équivalentes" générées entre le lecteur et le texte ? Un texte peut générer plusieurs types d'actions pourvu qu'elles soient explicitement exprimée (ce qui me permet de garder les réactions émotives en dehors du concept de lecture interactive) ; et par conséquent devient une lecture active (à l'opposé de la lecture passive exposée précédemment).

J'imagine les actions suivantes générées par le texte :
- rechercher la suite du récit ailleurs qu'à la suite (concept de destructuration, aller plus en avant ou plus loin)
- avoir une activité ludique (tenir un inventaire à jour, mener un combat...)
- avoir une activité intellectuelle connexe voire extérieur au contenu du récit (résoudre une énigme par recombinaison, comparaison, voire développer un raisonnement complexe, résoudre des équations mathématiques...)
Il y en a peut-être d'autres, mais elle doivent faire parti de l'activité proposée par le texte. Et comme il s'agit de littérature, le texte et son récit doivent rester au service de l'objectif de découvrir une histoire.

Concernant le joueur, son activité sur le texte se borne à :
- suivre les instructions (règles)
- faire des choix scénaristiques (le choix de fin de section)
- faire des choix ludiques (gestion de ces ressources, stratégie...)
Il y en a peut-être d'autres...

C'est le ping-pong entre ces deux pool d'actions qui à mon avis génère de l'interactivité, et qui place donc une oeuvre littéraire dans ce genre particulier. En gros, un texte qui propose une expérience au lecteur qui soit centrée sur le faire de faire vivre une aventure de façon non-passive. En fait, elle implique le lecteur à participer au déroulement du récit, c'est tout !
Dans ce cadre-là, la littérature interactive, en tant que genre de la littérature, ne dépend pas uniquement de :
- de l'implication du lecteur en tant que héros du récit (vous)
- de la présence d'un défi (gagner/perdre)
- de la présence de règles de jeu
- du support (livre, site internet, pdf, etc...)
- d'une destructuration du récit
- d'une linéarité
- d'une qualité de choix

Ce qui me fait rajouter une 2° catégorie de littérature interactive (car elles s'excluent elles-mêmes de par ce qui les composent). Le première se limitait à la destructuration du récit (donc 3§ donc aucun identique à l'autre). La deuxième serait justement l'anti-thèse de Shamutanti, et celle retenue par Skarn si j'ai bien compris son exemple) :

Bernard doit rentrer chez lui à l'heure car il a des invités, mais un collègue l'invite au bar. Voyant qu'il a un peu de temps devant lui, il se laisse convaincre. Lancez deux dés pour connaitre le nombre de verres qu'il boit.
Alors qu'il attaque son dernier verre, d'autres collègues les rejoignent. Mais ceux-ci ont une prédilection pour les alcools forts. Estimant avoir assez bu, Bernard esquive et rentre chez lui en retard.

Bon voilà où j'en suis rendu mefiant
сыграем !
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RE: Définition de la littérature interactive - par Caïthness - 21/01/2017, 07:48



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