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Voyage Voyage ! (mini-yaz 2026) - Version imprimable +- Rendez-vous au 1 (https://rdv1.dnsalias.net/forum) +-- Forum : Le coin des écrivains (https://rdv1.dnsalias.net/forum/forum-10.html) +--- Forum : Les AVH (Aventures dont vous êtes le héros) (https://rdv1.dnsalias.net/forum/forum-11.html) +--- Sujet : Voyage Voyage ! (mini-yaz 2026) (/thread-4733.html) |
RE: Voyage Voyage ! (mini-yaz 2026) - MerlinPinPin - 04/07/2026 (des spoilers partout, désolé) Il y a quelque chose de très particulier dans le ton des AVH de lady V, comme cela a déjà été dit : une étrangeté qui nous fait tout de suite sortir des sentiers battus. L'histoire fait irrésistiblement penser à une enquête d'Hercule Poirot. Mort sur le Nil, bien sûr. Tout cela avec quelques éléments exotiques et modernes qui rendent l'AVH très plaisante. Plaisante ? Oh ! Mais ce serait une erreur que de rester ainsi à la surface. Car le texte vibre d'une vitalité et d'une profondeur subtiles et sincères. L'AVH est bien davantage que "plaisante". Derrière le côté onirique (l'introduction laisse un doute sur la possibilité d'un rêve), le texte s'attaque à des sujets très sérieux et actuels : le féminin, la violence sociale, notre rapport à la nature... Plus intimement, la quête du personnage principal est un difficile voyage intérieur en recherche de légèreté et de liberté, pas seulement une enquête policière dans un cadre flirtant avec le fantastique. Et une quête d'identité finalement pour notre personnage, que résume le passage d'anthologie sur le carnet de Mrs Drunk : "Un point d'interrogation ?... Une aberration" (et le final avec le choix assumé du prénom...) Dès lors, ce n'est plus Poirot qu'il faut invoquer mais Adèle Blanc-sec pour le mélange d'aventure et d'indépendance, Enola Holmes pour le tourbillon féminin introspectif au coeur d'une enquête, Alice au pays des merveilles, évidemment pour les rencontres étranges, et même l'autrice Flore Vesco pour la manière dont les contes sont métamorphosés par l'autrice avec une maline méchanceté. Oui, nous incarnons bien une héroïne moderne à travers un voyage initiatique mais pas une féministe ordinaire, car l'aspiration du personnage est bien plus universelle que cela. Avant d'en reparler, notons les atouts du texte : la maîtrise de l'introduction, des règles parfaitement calibrées pour une mini-AVH, la solide structure du récit. Le style, comme d'habitude dynamique et précis, qui sert parfaitement l'atmosphère évocatrice à travers des descriptions et des dialogues très vivants. Dans ce cadre, l'histoire avance sans heurts. Les anecdotes n'en sont pas (par exemple, la manière magistrale dont il est montré que l'argent permet de redéfinir les règles du jeu social... à travers une simple partie de dés), les répliques font mouche : "Je sais imiter vingt-trois chants d'oiseau, le cri du singe hurleur, du singe araignée, du douroucouli et du capucin. Pourquoi serais-je incapable d'imiter le vôtre ? " (prends ça, avec ton complexe de supériorité d'occidental) Quelques bémols, forcément : - L'utilisation des codes (je ne suis pas sûr d'avoir compris pourquoi les événements amenant aux deux codes déclenchaient logiquement la révélation finale... et d'ailleurs j'ai eu beaucoup de mal à trouver l'un des codes - mais ça, c'est parce que je croyais avoir essayé une des options et que j'avais confondu, bref mea culpa sur ce point-là ^^) ; - La petite rejouablité et plus largement, un côté un peu répétitif en raison de l'arborescence très linéaire et de la relative similitude des choix proposés. Mais ce n'est pas un gros problème pour une mini-AVH ; - Les émotions érotiques de la protagoniste. Je ne suis pas convaincu par la description du 30 ni par la manière dont elle est sensible aux compliments de Mann. Sans doute cela permet-il de montrer qu'elle n'a aucune expérience, mais je ne vois pas trop ce que cela apporte au récit (mais je suis tout ouïe pour des explications, hein ^^). Alors qu'en revanche le personnage de Redhead pourrait l'attirer par son indépendance. Enfin, et surtout, ce qui est particulièrement réussi avec Voyage Voyage !, à mon avis, c'est la manière dont un thème rayonne dans toute l'AVH, de manière extrêmement cohérente et structurante. Le thème de la libération et de la fuite. Dans un monde décrit comme décevant, aux personnages souvent pathétiques (mais pas inintéressants, loin de là), le voyage se présente comme une échappatoire, un moyen de fuir et d'aller ailleurs, de fuir la pesanteur d'un monde moderne laid, oppressant, absurde pour retrouver la légèreté d'un oiseau... Et ce thème est partout : - C'est la conclusion du merveilleux paragraphe de Mme Drunk sur sa jeunesse au pensionnat Charlotte Augusta : "Pour fuir !" - Mrs Old décrit l'affreux zoo à l'entrée de Londres pour un autre passage d'anthologie où l'horreur tranquille nous amène à nouveau au bord du fantastique. Un fantastique cruel, implacable et crû, au détriment du genre humain, comme toujours. Et la foire, finalement, qui revient, c'est encore une sorte de prison. Quant à la vieille dame, elle prend la fuite, elle aussi, à sa manière... - C'est ce mot qui fait battre notre coeur "Fuir..." lorsqu'on prend la main de miss Redhead qui a "tellement besoin de liberté !" - Et bien sûr, la "délivrance que vous ressentez vous emporte vers des horizons célestes" dans la très belle fin en rose. Je suis heureux, pour ma part, que les dernières lignes n'aient pas basculé dans le burlesque, car j'avais envie d'y croire. J'ai trouvé cette échappée très, très belle. À défaut de poudre de perlimpinpin, prendre la poudre d'escampette... Merci pour cette AVH ! |