La mine perdue de Phandelver
#31
De retour dans la ferme familiale. Je suis venu dire à tante Qelline que je m’absentais quelques jours. Elle s’inquiète pour moi chaque fois que je quitte Phandalin. Je l’ai rassurée de la meilleure façon possible : en ne lui disant pas qu’on allait s’infliger deux jours de voyage pour aller prendre le thé avec une banshee.

Contrairement à ce que je pensais, Agatha — c’est son petit nom — ne possède pas d’informations sur Cragmaw Castle mais sur un grimoire sur lequel sœur Garaele cherche à mettre la main, et c’est en échange desdites informations que la prêtresse nous donnera les renseignements qu’elle détient sur le château. Il faut croire que la vie d’un innocent prospecteur n’est pas un motif suffisant pour nous aider. Parlez-moi de religion.

J’ai laissé les copains à leurs emplettes en prévision du trajet, je les rejoindrai dès que j’aurai fini d’écrire. C’est qu’on en a pour une trotte, d’autant qu’on risque de s’attarder dans le coin. En effet, Daran nous a suggéré d’aller enquêter du côté des ruines d’un lieu nommé le puits du Vieil-Hibou, où plusieurs prospecteurs auraient rapporté la présence de morts-vivants… Il paraît qu’il y a là-bas les ruines d’une vieille tour de guet qui appartenait à l’ancien empire magique de Netheril, et Daran craignait qu’une magie dormante ne s’y soit réveillée, ergo les morts-vivants. Or, le puits n’étant pas loin de Conyberry, l’ancien village où crèche Agatha, autant éviter de se farcir deux fois le voyage.

Si vous vous demandez pourquoi on irait sans contrepartie risquer nos miches dans un coin grouillant potentiellement de zombies, sachez que moi aussi. Daran soutient que faire le bien est une récompense en soi. Facile à dire pour quelqu’un retiré des affaires ! Faire le bien est un boulot comme un autre, et qui dit boulot dit salaire, non mais des fois.

Ah oui, au fait : Daran, c’est l’aventurier dont on nous a parlé la veille au Lionshield. Nous sommes allés à sa rencontre en début de matinée, dans son très joli cottage au milieu d’un verger de pommes bien entretenu. Sur le perron nous attendait un demi-elfe costaud et bien bâti aux cheveux grisonnants. Je ne suis pas un expert, mais s’ils n’ont pas la même espérance de vie que les elfes, ils ont quand même une longévité supérieure à celle des humains, et selon leurs standards celui-là devait être vieux.

Il a souri en nous voyant arriver, nous félicitant pour nos « exploits » contre les Redbrands, et s’est présenté comme Daran Edermath, un ancien maréchal ayant servi le long de la côte des Dragons, revenu dans sa région natale pour y finir paisiblement ses jours. Pas n’importe qui, donc : parvenir jusqu’à l’âge de la retraite, surtout après une aussi longue vie, c’est un peu le Graal de tout aventurier. (Je me demande d’où vient cette expression : « Graal » ?)

Il nous a confié que si nous l’avions rencontré quelques jours auparavant, il nous aurait sans nul doute demandé de nous occuper des Redbrands. J’ai bien tenté de négocier une récompense rétroactive, mais comme vous l’aurez compris, l’âge lui a fait perdre le sens des réalités.

Goth l’a ensuite interrogé sur son opinion quant au débat politique qui agite Phandalin en ce moment, mais il se moquait visiblement de savoir qui dirigerait la ville tant que l’ordre et la loi seraient respectées. Nous avons alors pris congé du demi-elfe pour nous rendre à l’hôtel de ville, où Pierre s’est plongé dans les parchemins récupérés chez Glasstaff. D’après ce que j’ai compris, il s’agissait de notes de travail dédiées au développement de nouveaux sorts, notamment des potions d’invisibilité, mais les recherches n’en étaient apparemment qu’au stade expérimental. Quant aux bouquins, ce n’était finalement que du tout-venant, mais notre mage a quand même fait main basse sur le journal de bord d’un aventurier nain. Oui, il lit aussi le nain. Y a-t-il une langue qu’il ne connaît pas ?

Après ça nous sommes retournés voir sœur Garaele, et c’est là qu’elle nous a expliqué ce qu’elle attendait de nous. Dans la pièce où nous discutions étaient posées quatre toiles cachées derrière un drap, indiquant qu’elle s’était mise à la peinture depuis la dernière fois que nous l’avions vue. Curieux, j’ai poliment demandé de quoi il s’agissait. Elle nous a répondu que c’était les résultats d’une divination, et je n’ai pu m’empêcher de solliciter son autorisation d’admirer les tableaux…

Quelle n’a pas été ma suprise de découvrir quatre peintures de moi, Pierre, Goth et Wulfwig ! Je devrais d’ailleurs dire huit et non quatre, car les toiles étaient divisées en deux dans le sens de la hauteur, chaque moitié représentant un futur potentiel…

Pour notre mago, la scène de gauche représentait un temple d’Ogma restauré, devenu une bibliothèque aux rayons remplis de livres, de grimoires et de parchemins, dans laquelle Anarondo, un peu plus vieux et vêtu d’une robe d’archimage, enseignait à de nombreux étudiants. La scène de droite, elle, dépeignait un nothic portant les vêtements du même Anarondo…

Pour Goth, le premier des deux avenirs le montrait devant un manoir de Tresendar restauré et resplendissant. D’âge mûr, portant des vêtements seigneuriaux et entouré d’un groupe de chevaliers en armure, il observait depuis la colline une Phandalin radieuse, reconstruite, ayant quasiment retrouvé la splendeur de sa grande époque. En miroir, le manoir de Tresendar était devenu une haute tour noire inquiétante, et Goth, une expression sadique au visage, menait une bande de sergents d’armes armés de fléaux et de fouets vers une Phandalin toujours à moitié en ruines, sous de lourds nuages noirs, à la rencontre d’habitants mélancoliques, sans espoir, et pour certains terrifiés.

Pour Wulfwig, une énorme statue le représentant bandant son arc héroïquement trônait au centre de la place principale d’une Thundertree restaurée d’un côté, tandis que de l’autre le même Wulfwig, famélique et vêtu de guenilles de mendiant, gisait dans le caniveau d’une cité portuaire, ignoré de tous.

Quant à moi, l’image de gauche me représentait dans le dos d’un dragon couché sur son trésor, subtilisant dans son repaire une lanterne merveilleuse, forgée d’or et d’argent, et dont l’aura brillait de mille feux colorés. L’image de droite, pour sa part, me voyait à la tête d’une bande d’individus encapuchonnés, présidant à l’exécution d’un prisonnier.

Je me demande pourquoi je suis le seul de nous quatre à avoir droit à deux futurs radieux ?
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#32
Qu’est-ce que vous obtenez quand vous croisez un hibou avec un ours ? Vous obtenez un truc qui vous empêche de pioncer.

La nuit est bien entamée, maintenant. Je monte la garde à côté du feu en écrivant pour tromper l’ennui. Les autres essayent de profiter du sommeil qu’il leur reste. Nous sommes à encore un peu plus d’une journée de marche de Conyberry. Goth a acheté une mule en prévision du voyage. C’est Wulfwig qui s’en occupe. Il l’a baptisée Pendouillette.

Notre noble guerrier a pris le premier tour de garde, mais on n’a à peine eu le temps de s’endormir qu’il nous a réveillés en nous désignant au loin un gros bestiau qui reniflait notre piste. Le machin avait le corps d’un ours et la tête d’un hibou. Je ne sais pas quel dieu s’amuse à faire des croisements aussi improbables, mais il faut arrêter, monsieur.

Pas le temps d’enfiler mon armure, alors je lui ai tiré dessus en caleçon. Je ne sais pas si vous avez déjà tiré à l’arc au lever du lit, mais je vous le déconseille : la seule chose que vous pouvez espérer, à la limite, c’est d’incapaciter votre adversaire en le faisant rire, mais il se trouve qu’on ours-hibou n’a pas d’humour.

Bref, après quelques flèches de Wulfwig et moi parties se planter dans les arbres, on a tous les deux fini par toucher la bête mais ça ne l’a même pas ralentie malgré les deux traits fichés dans la chair jusqu’à l’empennage. Costaud, l’animal. Goth, au corps à corps, s’efforçait de le bloquer en nous laissant nous occuper des dégâts. Tactique toujours aussi efficace contre un unique adversaire. Ma flèche suivante a enfin blessé la bestiole en faisant jaillir un flot de sang de sa patte, et de sa gorge un cri à mi-chemin entre l’ours et le hibou… Impossible à décrire, mais c’est hideux.

Ça a dû l’énerver, car, s’étant approchée suffisamment près pour être au contact de Wulfwig, elle lui a mis deux violents coups de griffe qui lui ont fait mal. Heureusement, pendant que le guerrier reprenait son souffle, trois rayons de feu de Pierre ont fait un joli barbecue de l’animal, les plumes de se tête cramant aussi bien que les poils de son corps. Wulf en a profité pour lui passer sa lame à travers le museau, et comme le bestion refusait obstinément de mourir, une dernière flèche a fini par le ramener à la raison.

C’est l’heure du cours d’ethnologie du professeur Anarondo !

Les ours-hiboux sont des prédateurs féroces, l’un des pires de la nature sauvage. Têtu et de mauvais caractère, il y a très peu de choses dont un ours-hibou affamé a peur. Ça mange beaucoup, ça fait sa tanière dans une caverne ou dans des ruines recouvertes des ossements de ses proies. Ils chassent seuls la plupart du temps, en couple au moment des amours. C’est la façon pour le mâle d’inviter sa donzelle au resto. Les hobgobelins aiment bien les utiliser comme des bêtes de guerre, et les géants des collines et les géants du gel aiment bien les avoir comme animaux de compagnie.

(Une des phrases du paragraphe ci-dessus n’est pas de Pierre, saurez-vous deviner laquelle ?)

Pendant que notre encyclopédie vivante nous abreuvait de son savoir au sujet de cette aberration du règne animal, moi je lui plumais la tête (alouette). Mon quart touchant à sa fin, il est temps d’aller réveiller notre mago et de retourner profiter de mon nouvel oreiller moelleux. Bonne nuit.
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#33
(11/07/2020, 17:14)Jehan a écrit :

Je me demande pourquoi je suis le seul de nous quatre à avoir droit à deux futurs radieux ?

Probablement pour la même raison qu'Anarondo estime avoir deux futurs négatifs...
Mr. Shadow

"Ce n'est pas un dragon martien...
-Alors il vient d'où ?
-Les dragons les plus grands et puissants naissent sur Terre... Mais ils viennent hiberner ici, sur Mars. Et tous les un-certain-nombre de milliers d'années, ils redescendent sur Terre."
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#34
Le repas est prêt. Comme j’ai été cuisinier, c’est souvent moi qui me charge de la tambouille.

Si on excepte la rencontre avec l’ours-hibou, ces quelques jours de voyage furent monotones, une journée se répartissant grosso modo entre dix heures de marche, six heures pour monter le camp, faire les repas, s’occuper de la chasse et de la cueillette, etc. — les huit heures restantes (moins les deux de chaque tour de garde) étant évidemment consacrées à dormir. Rien de bien notable sur le trajet ; j’ai juste trouvé une pierre en forme de visage qui nous a amusés cinq minutes hier, et la seconde nuit a été calme.

Nous sommes arrivés à Conyberry ce matin. Il ne reste que des ruines, la ville ayant été saccagée par des barbares il y a des années. La piste des Trois-Sangliers passe à travers, toutefois Agatha vit (si j’ose dire) un peu à l’écart. Conyberry est juste un point de repère pratique pour trouver son repaire. Un point de repaire, en somme.

Nous avons trouvé une vieille piste qui menait vers le nord-ouest, dans le bois de Neverwinter. La forêt était de plus en plus sombre et silencieuse au fur et à mesure que nous nous y enfoncions, nous frayant tant bien que mal un chemin au milieu d’un rideau de branches d’arbre distordues, de grandes vignes vierges et d’épaisses couches de mousse, accablés par un air de plus en plus froid… Enfin, nous avons fini par trouver ce que nous cherchions : une sorte d’abri façonné par la végétation, celle-ci s’écartant en un endroit pour former comme l’encadrure d’une porte.

Comme je n’aime pas que les choses traînent, je suis rentré pendant que les autres restaient tergiverser sur le seuil. L’intérieur de l’abri ressemblait à un logement de fortune. Le mobilier, vieux et de style elfique, était pauvre : quelques coffres et étagères, une table, une couche inclinée.

Réflexe professionnel, je me suis mis en devoir de fouiller la pièce. En m’approchant des coffres, l’air est devenu encore plus froid, et une grand silhouette blanche m’est apparue. « Mortels stupides ! Ne savez-vous pas qu’en me cherchant, vous cherchez la mort ? » Je ne parle pas elfique, mais je suppose que ça veut dire bonjour.

Bon, j’aime bien faire le malin, mais pas quand ma vie dépend des prochains mots que je vais prononcer, alors j’ai gardé mon clapet fermé et je me suis contenté de tendre à la banshee un peigne en argent serti de joyaux que sœur Garaele nous avait confié, précisément dans l’optique de cette rencontre. Ayant ainsi brisé la glace, et avant de prendre congé de notre rafraîchissante hôtesse, on a pu apprendre que le fameux grimoire sur lequel la prêtresse voulait mettre la main — de celle d’un certain Gentlebow — était effectivement en la possession d’Agatha il fut un temps… mais elle l’a échangé depuis, et il serait maintenant entre les mains d’un nécromancien du nom de Tsernoth. Je sens qu’on n’a pas fini de crapahuter.
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#35
Bon, vous saviez déjà que le grimoire appartenait à Gentlebow à l'origine, puisque c'était le but de la mission : savoir où avait atterri son foutu grimoire.

Et on sait pas s'il est maintenant dans les mains de Tsernoth le nécromancien, puisqu'elle a fait cet échange il y a un peu plus de 100 ans... Des choses ont pu se passer depuis !
Mr. Shadow

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#36
(19/07/2020, 23:52)Lyzi Shadow a écrit : Bon, vous saviez déjà que le grimoire appartenait à Gentlebow à l'origine, puisque c'était le but de la mission : savoir où avait atterri son foutu grimoire.

Et on sait pas s'il est maintenant dans les mains de Tsernoth le nécromancien, puisqu'elle a fait cet échange il y a un peu plus de 100 ans... Des choses ont pu se passer depuis !

Va falloir t’habituer aux trous de mémoire du narrateur. ^^

J’ai quand même changé la tournure de la phrase qui concernait Gentlebow, parce que c’est vrai que ça ne peut pas être cohérent.

Genre :

« Noble Agatha, nous cherchons un grimoire !
— Quel grimoire ?
— Euh… »
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#37
Tiens, l'un des derniers Order of the Stick (lisez OOTS, c'est bien) soulève l'importante question que je me pose depuis le début : « Pourquoi quand des humains (ou de petits humains, ou des humains avec des oreilles pointues) massacrent tout le monde dans un camp de gobelins, c'est cool, mais quand des gobelins massacrent tout le monde dans un camp d'humains, c'est pas cool ? »
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#38
Parce que les gobelins ont massacré des innocents d'abord.
Si le MJ encourage ses joueurs à massacrer des camps de créatures qui n'ont rien fait et continue à les considérer comme des héros bienveillants et non des criminels sadiques ou des mercenaires sans aucune valeur morale particulière, l'idiotie vient de lui, pas de la façon dont le jeu est (mal ?) conçu.

Dans tous les scénarios que j'ai pu lire, chaque fois que les pj sont censés aller combattre des gobelins, des orcs, des bandits, le scénario met un point d'honneur avant à démontrer la menace en montrant comment ces monstres terrorisent la région, en mettant en scène un lieu de campagne ou ces peuples sont en guerre totale perpétuelle avec la civilisation, en permettant aux aventuriers d'obtenir des informations ou témoignages sur les attaques précédentes des ennemis, en faisant tomber les aventuriers sur un charnier des victimes ou en faisant tout simplement attaquer les monstres les premiers les aventuriers.

Par ailleurs, il y a aucun problème fondamental à jouer des aventuriers sans foi ni loi qui vont piller les trésors de créatures qui ne leur ont rien fait, ça reste du jeu de rôle. C'est juste assez rare comme aventure proposée : en général les aventures publiées donnent aux joueurs un rôle plus ou moins héroïque, même s'ils ont de la marge entre agir comme des blancs paladins parfaitement chevaleresques ou des antihéros ambiguës n'hésitant pas à faire le sale boulot.

Mais c'est pas une question nouvelle. Déjà, le webcomic "Goblins: Life through their Eyes" montre des aventuriers massacrer le village (enfin, camp de guerre) des gobelins protagonistes, la plupart (les 3 drows copiés de Drizzt) étant mis en scène comme des méchants, jusqu'à ce que le nain prêtre se rende compte qu'ils attaquent une tribu de gobelins qui n'a rien fait de mal à personne et appelle à un cessez-le-feu.
Et j'ai déjà vu des joueurs raconter qu'ils s'étaient retrouvés devant un dilemme : que faire des femmes et enfants des orcs rencontrés dans leur repaire ? Quand des aventuriers héroïques devraient répugner à tuer des créatures sans défense, mais que le lore de l'univers te dit que la race entière est psychopathe et maléfique dès la naissance sans possibilité de rédemption, et que les laisser en vie, c'est juste risquer que les petits grandissent et que les femelles fassent d'autres petits et que tous les adultes se mettent à nouveau à massacrer des innocents.

Mais pour moi c'est des erreurs de scénario ou d'univers.
Si on imitait correctement les oeuvres d'origine, bah simplement, dans Tolkien, on ne rencontre jamais de bébés orques ou de paysan gobelin sans défense. On ne rencontre que des guerriers. Comme ça, on ne se pose pas la question. C'est ça qu'il faut faire.
Ou pas d'ailleurs. Si tu veux créer un univers avec un Mal objectif qui est toujours une menace, pour avoir des adversaires à vaincre sans se poser de questions, c'est très bien. Si tu veux un univers plus complexe où il y a des questions éthiques qui se posent, si tu veux que tes personnages vivent des arcs narratifs de crime puis de rédemption, ou prouver que "la culture prévaut sur la nature" en élevant un bébé gobelin pour en faire une personne honorable après avoir tué ses parents meurtriers psychopathes, c'est très bien aussi et tout aussi valable.

Mais si tu fais un univers où tes protagonistes peuvent faire des choix éthiquement douteux et tu continues comme si c'était une moralité blanc/noir sans conséquences pour leurs actions infâmes, tu n'as qu'à t'en prendre à ta propre bêtise quand tu trouves des doubles standards que tu as toi-même créés, plutôt que de t'en prendre aux défauts du jeu.
J'ai donc toujours trouvé cette critique parfaitement hypocrite.
Mr. Shadow

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#39
Je me demande. Un gobelin zombifié, c’est un gobie ou un zombelin ?

Question toute théorique, on n’a (encore) rien croisé de tel, mais il faut croire que le mélange de nos dernières péripéties dans ma caboche perturbée par le manque de sommeil engendre des considérations linguistiques d’une importance primordiale.

Bon, je crois qu’il faut que je rembobine le fil si je veux commencer à donner un semblant de sens à tout ça…

Après la rencontre avec Agatha et nous être restaurés, nous avons quitté la piste des Trois-Sangliers pour mettre le cap sur le puits du Vieil-Hibou, restant dans le thème animalier. Cette fois, la légende veut que les Néthérils auraient tué là mille ours-hiboux dans le temps… Je soupçonne une très légère exagération du chroniqueur. Ces auteurs qui s’arrangent avec la vérité, je vous jure.

Le « puits » s’est révélé à nous alors que nous passions une crête. Les ruines croulantes d’une vieille tour de garde dont il ne restait qu’un moignon entouré de petits monticules de gravats. Dans la petite cour ainsi formée, une tente colorée était dressée. Personne en vue, mais l’air charriait une odeur méphitique à nos narines. Alors que je m’approchais discrètement de la tente, des silhouettes dodelinantes ont commencé à sortir de la tour d’un pas maladroit. Nous avons eu beau reculer, la horde, de plus en plus nombreuse, s’obstinait à s’approcher de notre groupe.

J’ai rapidement encoché une flèche mais Wulfwig avait déjà décoché la sienne. Frimeur. N’empêche, s’il a eu le zombie en pleine tête, moi je lui ai carrément transpercé l’œil, na. Il faut dire qu’ils faisaient des cibles faciles, lents et désarmés qu’ils étaient. On s’est amusés à faire pleuvoir flèches, javelines, feu et givre sur eux jusqu’à ce qu’un type sorte de la tente en s’exclamant : « Que signifie tout ceci ?! »

Le type, un humain bien bâti et à la peau cireuse, portait une robe folklorique que Pierre identifia comme originaire de Thay, une terre d’Extrême-Orient. Les magos de là-bas se font tatouer la peau, et celui-ci portait justement un dessin noir sur le front — l’emblème d’une école de magie, d’après notre propre expert ès arcanes.

La discussion s’est alors engagée entre Pierre, Goth et lui jusqu’à ce que je gueule : « EST-CE QU’ON DOIT VRAIMENT RESTER À CENT PIEDS LES UNS DES AUTRES POUR SE PARLER ? » Le gonze a alors rappelé ses macchabées, et on a pu se rapprocher et baisser la voix de quelques décibels.

À part son nom — Hamun Kost — on n’a pas appris grand-chose de notre nouvel « ami ». Aucune trace des Néthérils dans le coin, les seuls êtres dans le voisinage étant des orques vivant dans un lieu nommé Wyvern Tor. Je crois que c’est ceux dont on nous avait parlé à Phandalin, mais je ne suis pas sûr. Il n’en savait pas davantage sur Cragmaw Castle, plus obsédé par sa tour en ruines qu’il considère comme sa chasse gardée. Il cherchait à connaître le nom du magicien qu’il l’avait bâtie. D’ailleurs, il était près à nous acheter l’information si nous allions l’obtenir auprès d’Agatha… Évidemment, il ignorait qu’on l’avait déjà rencontrée et qu’on préférait éviter de gâcher le bel et émouvant souvenir de cette première rencontre en retournant la voir.

Pierre et lui ont commencé à parler boutique. Je me suis alors éclipsé discrètement pour faire un tour dans la tour en faisant un détour, mais ce n’était bel et bien qu’une ruine sans rien d’intéressant à l’intérieur.

J’ai pris mon temps pour revenir, passant par la forêt pour ne pas faire remarquer mon absence, mais ils continuaient à jacter quand je les ai rejoints. J’avais perdu tout intérêt à la conversation, et au bout de je ne sais combien de bâillements de ma part, on a fini par enfin prendre congé du type.

Nous étions alors arrivés au bout de nos objectifs. La suite logique aurait été de retourner à Phandalin — c’est ce que souhaitait Pierre —, mais les deux guerriers étaient tentés de faire un crochet par Wyvern Tor pour aller y civiliser les orques. Perso, j’étais neutre. Moi, ma philosophie, c’est de suivre les plans de mes compagnons et d’improviser au moment où ils foirent.

Wyvern Tor à la majorité, donc. La nuit approchant, on a établi le campement dans la forêt. Je faisais un beau rêve : je nageais dans un bassin rempli d’or — et j’avais, curieusement, une tête de canard —, mais un zombie à la peau tatouée ôtait la bonde en poussant un piaillement sardonique. Tout l’or se vidait alors par le trou en produisant un bruit métallique, m’emportant avec lui… jusqu’à ce que j’ouvre les yeux au moment où les ténèbres me happaient, constatant qu’une bande de gobelins étaient en train de s’en prendre à Wulfwig !

Visiblement pris par surprise (sentinelle en carton, scrogneugneu), le pauvre n’en menait pas large face à trois adversaires et une flèche dans le buffet en prime, trois autres gobs équipés d’arcs le canardant à distance. Le fracas des armes n’avait réveillé ni Goth ni Pierre, qui ronflaient comme des bienheureux malgré l’archer qui leur gueulait à pleins poumons de lever leur derche. Il commençait à ressembler à un hérisson quand le mago a enfin ouvert les yeux. J’ai alors couru vers Goth tout en décochant une flèche vers le groupe d’agresseurs afin de gentiment réveiller le guerrier à coups de tatane dans son râble.

Les trois éclairs de feu d’Anarondo roussissant à peine leur cible et Goth ratant deux fois son attaque, je commençais à me dire qu’ils auraient tout aussi bien pu rester couchés. Heureusement, Wulf, malgré ses blessures, combattait vaillamment, tenant farouchement tête aux gobelins qui commençaient à tomber sous ses coups de taille hargneux tandis que je décapitais, littéralement, le dernier encore debout d’une flèche amoureusement bien placée. Restaient leurs trois collègues demeurés un peu à l’écart, que Pierre s’est chargé d’endormir avec son fameux sort. Malheureusement, l’un d’eux, obtus, avait décidé qu’il n’avait pas sommeil et s’est précipité pour réveiller son camarade, qui à son tour a réveillé le dernier. C’est contrariant, un gobelin.

Néanmoins, le répit ainsi gagné a fait la différence, Goth se précipitant pour en occire un à l’épée, Wulf en dessoudant un second à l’arc et moi-même blessant presque mortellement le dernier, également à l’arc. Pierre n’avait plus qu’un geste à faire pour l’achever… mais il a choisi de le laisser s’enfuir. C’est pas la première fois que je constate un sentiment ambivalent de sa part envers ces saletés de peaux-vertes. Simple pitié pour des créatures placées tout en bas de la chaîne alimentaire par les dieux, ou affinité plus troublante ?

Mon tour de garde arrive à son terme, c’est donc sur ces interrogations que je vais réveiller l’intéressé et me coucher. Demain, on devrait atteindre Wyvern Tor. J’espère que mes compagnons auront récupéré de leurs blessures.
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#40
J'ai dû rater l'épisode de Picsou Magazine où il rencontre Hamun Kost...
Mr. Shadow

"Ce n'est pas un dragon martien...
-Alors il vient d'où ?
-Les dragons les plus grands et puissants naissent sur Terre... Mais ils viennent hiberner ici, sur Mars. Et tous les un-certain-nombre de milliers d'années, ils redescendent sur Terre."
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