Projet: Le Prix d'une paire de jambes
#1
Je pense que je l'ai déjà évoqué ailleurs sur le forum, mais je suis en train de me lancer dans une AVH sur le milieu du football (si si), en même temps qu'une autre AVH d'ailleurs... confinement oblige, je suis en train d'avancer dans la conception. Je vous mets l'intro ici, puis le premier paragraphe (pour les règles c'est pas encore complètement fixé, mais pas de hasard et surtout des codes).

Introduction:

La Riviera

Mino Raculha. 52 ans.
Vous récapitulez dans votre tête. Vous avez l’habitude de ce genre d’exercice lorsque vous devez faire face à une personnalité qui n’hésite pas à afficher son ascendant sur vous. L’homme, le torse nu sous son peignoir ouvert, vous impose sa pillosité luxuriante et la graisse de son ventre bedonnant. Vous avez appris qu’être en mesure d’exhiber la laideur de sa chair dans toute sa nudité est la marque d’une puissance vénérable… ou la marque des milieux populaires, si vous songez à votre famille.
52 ans donc. Un « homme d’affaires italo-luxembourgeois de 52 ans », comme aiment à le décrire les media. Une manière détournée de résumer la biographie d’un étrange poisson, qui a toujours nagé en eaux troubles, quitte à faire plusieurs passages par la case prison. Bien sûr, dans le milieu des agents de joueurs, Mino Raculha est tout sauf une exception. Mais c’est l’idole du gratin des journalistes parisiens, toujours prêts à s’accrocher à tout ce qui peut attirer du fric, de près ou de loin.
Tellement que sa récente suspension pour six mois n’a pas le moins du monde altéré son aura, elle n’a fait qu’ajouter à la légende de celui dont le moindre glaviot vient s’inscrire dans les fils d’actualité. Une aventure plus ou moins consentie avec une joueuse encore mineure, même les parents ne se sont pas vraiment plaint quand ils ont pu estimer le montant des dédommagements. Mais la Fédération était forcée de sévir, pour l’exemple.
La dernière fois que Mino était tombé, c’était pour une histoire d’évasion fiscale. Une pelote indémerdable de montages off-shore et de sociétés écrans pour permettre de défiscaliser les primes de transfert et partager le magot avec les plus grandes stars de son écurie. Vous n’avez jamais réussi à vraiment vous y intéresser, d’autant plus maintenant que la fiscalité a été officiellement abolie…
C’est cette suspension qui vous vaut d’être là, debout au bord de la piscine de Mino Raculha, sous les nuages menaçants, en train de compter les rangées de bourrelets qui s’échappent des franges de son peignoir.
Mino vous invite à piocher des cacahuètes dans une coupelle.
« On m’a dit beaucoup de bien de toi… jeune, débrouillard, ambitieux… mais pas téméraire. »
Le portrait peut vous convenir. C’est l’image que vous aimez qu’on retienne de vous, surtout dans ce milieu.
« Tu comprends, je veux choisir avec soin ceux qui vont assurer mon interim. Pablo m’a fait savoir que tu étais intéressé. »
Pablo tient un bar branché sur la Promenade des Anglais et vous saviez que ce genre de message ne tomberait pas dans l’oreille d’un sourd.
« Je vais prendre trois ou quatre mecs comme toi. Hors de question que je mette tous mes œufs dans le même panier... »
Il tente un rire mais se perd dans un hoquet et le majordome prudent lui tend un verre d’eau. Mino boit en grimaçant. Vous imaginez qu’il vous adresse un clin d’oeil derrière ses lunettes de soleil. Le visage de Mino Raculha, rond et luisant, est moins inoubliable que ses bourrelets, c’est sans doute pour cela qu’il le dissimule derrière d’épaisses lunettes.
« Je me suis dit, je vous mets tous à l’essai. Trois gars chacun par exemple… attention c’est du haut de gamme ! Mais tu sais ça… Puis après, quand je reviens, je reprends la main bien sûr. Mais bon, s’il y en a parmi vous qui m’ont donné particulièrement satisfaction je peux faire l’effort de vous introduire dans le milieu. »
C’est exactement ce que vous cherchez. Il ne peut pas y avoir de meilleur mentor que Mino Raculha !
« J’aime bien cette idée de me construire ma propre concurrence. C’est comme ça qu’on dure… note déjà ça, petit ! »
Il retire ses lunettes pour vous fixer du regard. Deux petits yeux métalliques, chevillés au visage comme des vis .
« J’ai dit trois joueurs chacun… c’est ce que je pensais au début. Mais il y a un joueur particulier. Irremplaçable. Et celui-là je veux qu’il ait un ange gardien. Pour lui tout seul... »
Vous frissonnez. Raculha est en train de parler d’El Diablo. Si ce que vous pensez deviner est vrai… vous retenez un cri d’exultation. Raculha poursuit calmement.
« Tu m’as compris. On m’a dit beaucoup de bien de toi, petit. Inutile de te dire qu’il serait de mauvais goût de me décevoir… je sais que tu me comprends. Souviens-toi que ces joueurs sont à moi. Et El Diablo plus que n’importe quel autre ! »
Vous acquiescez silencieusement.


Il adresse trois mots en italien à son bracelet connecté, dont l’écran lui répond par un scintillement. Le modèle le plus cher de chez Smartzone, aussi noir et réfléchissant que ses lunettes. Vous le reluquez avec envie et Mino intercepte votre regard.
« Bel objet, hein ? »
Il fait glisser un doigt contre la moire du bracelet.
« Tu viens de recevoir toutes les informations qui te seront utiles. Je suis sûr que tu connais déjà l’essentiel, mais j’ai ajouté quelques éléments de contexte qui pourront t’être utiles. Et si tu t’interroges, tu sais comment me contacter… ».


Sur le chemin du retour, vous vous laissez conduire sur la riviera en donnant par moment de petits coups de volant paresseux. Le job vous convient, bien sûr. Vous avez déjà fait votre choix il y a plusieurs années, quand vous avez commencé à tisser un réseau informel dans le milieu du football, assurer de menus services pour des joueurs ou des managers. Vous savez que pour aller plus loin sans vous griller, il vous faut désormais un sésame. Et c’est ce que Mino Raculha vous propose. Pendant six mois, vous allez aussi amasser un paquet d’argent à sa place… et c’est là où les comptes off-shore et autres sociétés écrans vont reprendre de l’activité puisque Raculha ne pourra officiellement pas toucher de l’argent sur vos revenus. Ses avocats ont déjà planché sur le sujet et vous leur faites confiance. Tout ce que vous savez, c’est que vous-même et vos coéquipiers ne serez que les salariés d’une société à laquelle vous reverserez l’essentiel de vos émoluments. Concrètement il vous restera 10 % de ce que vous pourrez gagner. Ca peut déjà représenter un joli pactole. Surtout si vous pouvez négocier un transfert dans la période. Mais transférer El Diablo ...
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#2
Premier paragraphe:

Grasse
L’aventure commence pour vous dans un rade sur les hauteurs de Grasse, pas loin de votre domicile, où vous célébrez votre toute nouvelle embauche avec Sofia, votre amie d’enfance. Ses yeux noirs pétillent autant que son verre de champagne et vous savez qu’elle est sincèrement heureuse pour vous. Vous savourez cette soirée comme une gorgée d’air avant de plonger sous les eaux troubles d’un milieu où vous devinez que les sourires sont factices et peuvent dissimuler des poignards acérés. Sofia, vous l’avez connue à l’époque à Surville, elle était le bijou qui illuminait la cité, et elle était dans votre classe. Vous vous souvenez du spectacle de danse où elle interprétait Blanche-Neige, vous et vos copains aviez acheté des places rien que pour elle. Elle volait sur la scène et vous pensiez tous qu’elle ferait une carrière dans la danse, dans le spectacle. Au final, elle est devenue escort girl et elle a rejoint Nice, attirée comme vous et bien d’autres par les miettes que les hommes d’affaire et les stars ne manquent pas de faire tomber à leurs pieds. Et elle gagne très bien sa vie.
A l’époque déjà, vous étiez devenu une sorte de confident pour elle, même si vous ne pouvez plus vous rappeler comment. Vous vous souvenez juste d’une amitié teintée d’ambiguïtés, vous étiez un peu amoureux d’elle, fasciné par sa beauté comme la plupart. Et puis vous vous êtes éloignés, vous avez eu des copines, éphémères en général, avant de vous retrouver tous les deux ici à Nice, avec un même but : soutirer assez d’argent à ceux qui y vivent pour ne pas avoir à vous soucier des lendemains et même pourquoi pas aider vos familles ! A ce stade, vous ne songez pas à d’autres relations avec elle que ces soirées arrosées où vous vous racontez les péripéties de votre immersion dans les sphères niçoises. Est-ce que son métier vous gêne ? C’est une question que vous avez toujours su éluder jusqu’à présent. Mais sans sa présence ici, vous auriez peut-être déjà laissé tomber toutes vos ambitions.
En sirotant un whisky coca, vous vous laissez bercer par le doux babil de Sofia et vous laissez défiler les dernières années de votre vie.
Vous vous destiniez à la fac de psychologie à la grande joie de votre mère qui vantait déjà votre promotion sociale à ses copines quand la loi de privatisation des universités a été finalisée par le Conseil National. Votre famille n’avait bien sûr pas les moyens d’assurer vos études, et en toute franchise vous n’aviez jamais été suffisamment brillant pour penser vous voir octroyer une bourse. Vous avez donc dû revoir vos plans, faire le tour de ce que l’horizon social avait à vous proposer… Comme beaucoup d’autres jeunes de votre âge, vous avez estimé qu’en gravitant dans les secteurs où l’argent se déversait à flots, vous finiriez bien par en grappiller un morceau. Pour certains c’était le milieu du spectacle, pour d’autres les affaires, pour vous ce serait le foot. La seule chose pour laquelle vous avez réussi à vraiment vous passionner, au point d’en devenir une référence dans le quartier. La taille des joueurs, leur valeur sur le marché, leurs statistiques, vous passiez votre temps à dévorer les informations sur le net entre deux cours, parfois même sur les heures de cours. Autant rentabiliser cet investissement. Et en matière de psychologie, voilà un milieu où vous apprendriez peut-être autant que sur les bancs de la fac !
Sofia lâche un soupir en se rendant compte que vos pensées ont lâché prise, puis elle plonge les yeux dans son verre. Elle s’est habituée depuis le temps, vous n’êtes pas capable de soutenir une conversation trop longue. Enfin, sauf si vous y avez un intérêt concret et immédiat. Et désormais vos pensées vous emmènent à Barcelone. Vous exhibez fièrement sur votre vieux smartphone le passeport intermétropoles que Raculha vous a obtenu dans la journée. Le sésame sort Sonia de sa bouderie qui écarquille maintenant ses grands yeux noirs. Elle a galéré autant que vous pour obtenir un permis de résident à Nice-Métropole. D’habitude ce sont ses clients qui fanfaronnent de la sorte devant elle.
Maintenant que vous avez un peu d’avance, vous lui payez un taxi pour la ramener. Elle s’attarde un instant, un sourire inhabituel sur ses lèvres. Puis elle prend place sur les sièges en cuir, en rabattant sa jupe fendue. Ira-t-elle travailler ce soir ?
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#3
On dirait Chasseur de monstres avec des footeux au lieu de vampires ou de mandragores Smile Et un héros qui se démène pour gagner sa vie dans un contexte de mise en concurrence générale de tous contre tous ans la jungle de la Liberté...

Le texte est très écrit (peut-être à séquencer davantage en paragraphes un petit peu plus court, comme Brennan avec les longues explications liminaires de Merlin émaillées de quelques faux choix, afin d'établir un rythme), le titre est excellent.

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#4
Je ne me souviens pas avoir vu d'AVH sur ce thème ces dernières années, original ce mélange d'anticipation et de récit où se mêle le sportif et le financier.
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#5
@Dagonides: alors oui, entre l'intro et le 1er paragraphe, il y aura des éléments de règles, pas de faux choix en perspectives (mais pourquoi pas ?) Ca va rester "très écrit", mais il va falloir que je fasse gaffe à l'immersion.

@Bruenor: non, à part la bibliothèque verte, je crois pas qu'on ait d'AVH foot ! Mais ici le foot est surtout un prétxte Smile
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#6
(29/03/2020, 10:26)gynogege a écrit : @Bruenor: non, à part la bibliothèque verte, je crois pas qu'on ait d'AVH foot ! Mais ici le foot est surtout un prétxte Smile

J'ai cru pendant un quart de seconde que ça allait être une avh « anime de sport » tout en esprit d'équipe et en pouvoir de la volonté. Puis j'ai lu l'introduction et le titre du sujet (dans cet ordre).

Quelle est l'espérance de vie des joueurs post-légalisation du dopage ?
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#7
Tout de suite tu vas dans le côté obscur... à ce jour le dopage ne devrait pas constituer un pan fondamental de l'AVH... bon tout dépend de ce qu'on appelle le dopage. Je suis revenu sur mes préjugés en matière de dopage dans le foot quand j'ai vu l'espérance de vie des Cristiano Ronaldo, Lionel Messi ou Zlatan Ibrahimovic justement ! Bon, les mecs ont une vie millimétrée, ils sont suivis 24h/24, mais a priori ils ne se bourrent pas de trucs comme les cyclistes (ou comme fin des années 90 avec la créatine). Le problème de durée de vie des joueurs vient plutôt du trop grand nombre de matchs que leurs organismes ne peuvent plus supporter et pour l'instant les solutions préconisées semblent plutôt chirurgicales qu'à base de produits dopants. Donc c'est une piste qui me paraît plus riche :Smile
Et pour ceux qui connaissent, sachez que je suis en train de relire Gunnm...
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