Magica Tenebrae
#1
BD lue. Avis compliqué.

J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire, la faute a un décalage complet entre le récit et le style graphique employé pour l'illustrer. C'est particulièrement évident au niveau de l'introduction : d'un côté, le texte des règles insiste fortement sur la noirceur de notre personnage et les aspects les plus horribles de ses pouvoirs, de l'autre le personnage principal est dessiné avec des traits très lisses et de larges aplats de couleurs plus à même de faire passer l'humour que la tragédie.

Autrement dit, le style graphique est adapté pour ça :
[Image: 812013surprise.jpg]

La couleur pour ça :
[Image: 902977clown.jpg]

Et en majorité on a droit à ça :
[Image: 208790execution.jpg]

Ce n'est pas tant qu'il soit impossible de faire de la violence avec ce style graphique. D'ailleurs, les passages plus emphatiques, avec des éclairs, du feu, des effets de lumière et des adversaires démesurés, fonctionnent bien.  Mais il n'est pas adapté à la violence majoritaire de cette ouvrage, qui est intime, crade, poisseuse, organique.

De façon générale, le scénario a clairement été pensé pour un monde à la Warhammer (les armures l'attestent), tout en crayonnés et nuances de couleurs sombres, et non pour son écrin actuel.

Le livre semble aussi avoir été moins peaufiné qu'à l'habitude. Ainsi une même page peut contenir plusieurs sections distinctes dans des teintes similaires, ce qui, couplé à des numéros de sections assez discrets, rend la navigation très légèrement moins confortable (on louche involontairement plus facilement).

Une fois ces différentes gênes surmontées, que découvre-t-on ?

Structurellement, rien à redire. Si l'aventure se terminera toujours dans le temple du sud, on peut passer par plusieurs endroits pour l'atteindre, qui sont autant d'occasions de glaner des informations sur d'autres endroits intéressants, et donc de s'y rendre, avec des sous-chemins selon l'endroit d'où on part, avec une attention aux détails qui force le respect.

De même, les possibilités d'utiliser nos pouvoirs sont bien gérées, les quêtes secondaires intéressantes, les combats bien pensés… Vraiment, en terme de jeu, aucun problème à signaler, tout tourne comme il faut ou mieux.

En ce qui concerne l'histoire… Compliqué.

Le passé du personnage est plutôt bien amené. Plutôt que de nous assommer avec une longue scène d'exposition, le livre distille des indices tout du long, en particulier lors des scènes de dialogue.

Son caractère en revanche souffre du fait que le lecteur peut à sa guise le jouer comme un serial killer sadique, un pragmatique amoral, ou même un type peu sympathique mais pas fondamentalement méchant.

Sauf qu'évidemment le livre ne peut tenir compte de ça que dans une proportion très limitée, ne serait-ce que par manque de place, et donc, parfois, les réactions ne collent pas.

Exemple :
Show ContentSpoiler:

En terme d'équilibrage, le livre est volontairement difficile avec pas mal de façons différentes d'y passer (à ma première partie, je suis d'ailleurs mort à peine sorti du premier village), ce qui est assez cohérent avec l'ambiance qu'il essaye d'instaurer. La multiplicité des chemins et l'absence de hasard fait cependant qu'on le recommence sans déplaisir.

J'ai eu l'impression que le livre nous encourageait subtilement à ne pas nous comporter comme le pire des salauds même s'il nous en donne la possibilité, les avantages extorqués de force étant plus que contrebalancés par les conséquences funestes d'avoir une Noirceur trop élevée. Mais je ne saurais dire si cela s'appuie sur une réalité statistique ou sur un biais de confirmation de ma part.

Si j'essaye de résumer, c'est quand même plutôt un bon bouquin. Le jeu est aux petits oignons, l'histoire intéressante. Faut juste réussir à se mettre dedans, à passer la barrière de l'anti-synergie entre l'histoire et le dessin.
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#2
J'apprécie en particulier que tu aies noté la touche Warhammer. C'était une volonté consciente que de créer une aventure dans un univers
d'atmosphère analogue, sombre et décadente. On pourrait ainsi remplacer "chasseurs de mages" par "répurgateurs", on retrouve des "maraudeurs",
l'Empire, ce n'est pas pour rien... Bref, moi qui rêve d'écrire une AVH dans cet univers mais qui ne le ferai sans doute jamais, (car les
histoires de copyright c'est démotivant) je me suis fait un peu plaisir de cette manière.

Le décalage que tu soulèves entre le graphisme et le ton de l'histoire est dommage, évidemment. Je trouve à titre personnel que le dessin
d'Ottami marche très bien avec tout ce qui tourne autour des effets magiques, des scènes d'action et des personnages redoutables. Même sur
certains paysages/décors on s'est bien amusé. Pour le reste, je sais que tu aimes profondément la BD et regrette donc ta difficulté à l'immersion.

Que l'aspect jeu t'ait plu me fait par contre bien plaisir. Ce système de magie, bien que simple, était quand même une sorte de test. Je
craignais un peu car il est après tout le moteur du jeu avec la gestion du mana. Si l'on joue un magicien et que le système est bancal, ça blase
un peu. Quant à la structure, aux codes, aux objets, aux missions secondaires, je m'étais vraiment lâché. En fait, après avoir écrit
Magica Tenebrae, je m'étais fait la réflexion qu'il s'agissait de ma BDVELH qui pourrait peut-être le plus plaire aux amateurs traditionnels
de LDVELH. D'ailleurs, on a eu plus de playtesteurs que d'habitude et les retours sur ce plan ont été très instructifs pour la finalisation.

Pour la Noirceur et les possibilités de comportement offertes, en effet c'est délicat, il a fallu faire des choix. En premier lieu celui de ne
pas offrir de vraie fin de rédemption. Tu n'es pas le seul à l'avoir suggéré/regretté. Mais c'était vraiment délibéré. Un peu par faute de
place, on est dans une BDVELH avec toutes les contraintes inhérentes à ce format (comprendre qu'un glissement de l'alignement du perso
nécessite selon moi plus de temps que celui d'une aventure de quelques jours). Mais aussi car je voulais rester dans le Warhammer spirit, pas
vraiment d'espoir à donner dans l'avenir.

Je te remercie grandement pour ce retour.
Par curiosité et si tu as le temps, combien d'essais à la loyale pour ta première victoire? Pas trop de mal avec les paragraphes cachés dans le
dessin?
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#3
Citation :Je trouve à titre personnel que le dessin d'Ottami marche très bien avec tout ce qui tourne autour des effets magiques, des scènes d'action et des personnages redoutables.

Je ne dis pas le contraire. Le style est adapté aux effets pyrotechniques (les attaques de la prêtresse à la fin) et aux personnages hors-normes (notre patron démoniaque). C'est la violence « réaliste », petite, crasse, avec de sanglants coups de poignards et des corps dont les sphincters se relâchent dans la mort (je force le trait volontairement, y'a rien de scato dans cette BD), pour lequel il est trop « lisse ».

Citation :Ce système de magie, bien que simple, était quand même une sorte de test. Je craignais un peu car il est après tout le moteur du jeu avec la gestion du mana.

J'avais un peu peur qu'il ne soit trop ambitieux à la lecture des règles, mais il tourne vraiment très bien en pratique.

Citation :Par curiosité et si tu as le temps, combien d'essais à la loyale pour ta première victoire?

Entre 5 et 10 je dirais, j'ai pas compté dans le détail. À noter que jusqu'à ma première victoire, j'ai systématiquement privilégié la voie Artefact, qui est peut-être un poil plus difficile.

Citation :Pas trop de mal avec les paragraphes cachés dans le dessin?

L'aventure était plutôt économe en paragraphes cachés par rapport aux précédentes j'ai trouvé. En tout cas, je n'ai pas le souvenir de m'être particulièrement arraché les yeux.
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