Rendez-vous au 1

Version complète : [Livres à remonter le Temps] Perceval le Gallois
Vous consultez actuellement la version basse qualité d’un document. Voir la version complète avec le bon formatage.
La petite merveille ludique de ce LVH réside dans la manière proposée pour jouer les joutes de chevalier. Riche, complexe, réaliste, on dispose de trois tableaux selon que l'on vise l'écu, l'armure ou le plumet, gagnons ou perdons des points d'honneur ou de valeur selon que l'on blesse le cheval adverse, que l'on accorde grâce à son adversaire, qu'on le tue accidentellement... Tout est prévu ou presque et c'est un régal de mini-jeu si l'on n'est pas réfractaire aux lancers de dés. Les autres règles additionnelles sont très intéressantes aussi, que ce soit pour la valeur, l'honneur, les tournois, l'armement. Intéressantes et surtout collant parfaitement à l'atmosphère qui nous est proposée ici : la saga des chevaliers de la Table Ronde.
On interprète Perceval qui n'est pas le plus banal de la confrérie. Peu réputé pour son intelligence ni pour son sens de la diplomatie, cette naïveté, pour ne pas dire plus, se ressent bien dans les réactions du héros et les choix qui lui sont proposés. Surtout que l'histoire commence lorsque Perceval a 15 ans, encore chez sa mère, et qu'il ignore même ce qu'est une épée ou un chevalier. Le but va donc être de se faire adouber puis de gagner suffisamment de prestige pour être accepté dans la confrérie de la Table Ronde qui regroupe seulement les chevaliers de légende. C'est l'occasion de rencontrer de nombreux personnages du mythe tel que le roi Arthur, Keu, Gauvain, Lancelot, Galahad et bien d'autres. Ensuite survient la quête du Graal qui s'avère très linéaire et dont le final est plutôt frustrant pour le héros. Cependant, il existe plusieurs autres PFA qui peuvent être considérés comme des fins plus heureuses pour Perceval, comme le souligne l'auteur en introduction. Le dernier paragraphe correspond à la VRAIE histoire de Perceval.
C'est en effet l'ambition de ce LVH : nous faire jouer l'histoire de ce chevalier telle qu'elle est connue même si on a la possibilité de commettre des actes différents de la légende. L'aventure se double de paragraphes à lire en parallèle au jeu qui ont pour but de nous décrire les actions des autres chevaliers pendant notre propre aventure, un récit qui s'avère au final très enrichissant pour celui qui n'a jamais lu d'écrits sur la saga du roi Arthur.
Le rythme est déroutant, certains paragraphes se succédant dans l'action alors que des semaines voire des mois ou des années s'écoulent entre deux autres. L'aspect jeu s'avère très intéressant dans un premier temps en raison des fameuses joutes, des tournois, et de la possibilité de voir Perceval passer du statut de paysan à celui de légende vivante grâce à la progression des points de valeur. Malheureusement, il faut quasiment les scores maximaux dans les capacités physiques et manuelles pour espérer lire le dernier paragraphe du livre. De plus, tous ces combats de chevaliers se succédant peuvent devenir un peu lassants à la longue, surtout après de nombreuses relectures.
Néanmoins, j'ai trouvé ce LVH très original, très marquant et bien plus abouti que les autres de la série.
Cette excellente aventure (ou devrais-je dire recueil d'aventures) de Pierre Rosenthal, très respectueuse de la tradition courtoise du cycle arthurien (Monmouth, Troyes, Wace, Boron...), fait partie de mes gamebooks préférés. Dans un genre différent mais tout aussi documenté, j'adore La Main Rouge qui raconte par le menu le Paris de la Belle Epoque.

A mon avis, la principale qualité des Histoires à Jouer est le niveau d'écriture généralement relevé de la plupart des volumes de cette collection. Les auteurs érudits étaient libraires, profs de lettre ou d'histoire, en sus d'être des passionnés de RPGs. Dommage que pour des raisons assez franchouillardes, ces bouquins aient été largement ignorés par un public à l'époque trop jeune. Ou peut-être tout simplement les auteurs attendaient-ils de la part de leurs lecteurs un certain niveau de culture général qui les dispensait de passer trois heures sur des descriptions historiques (la concision parfois extrême des paragraphes étant un reproche que j'ai souvent relevé dans les commentaires des forumeurs).
Pierre Rosenthal, qui allie un grand talent d'écriture à une extraordinaire subtilité dans le dosage de la complexité des règles (que ce soit ici les règles de joute ou le procédé d'évasion dans Le prisonnier), a sans doute écrit le meilleur livre de la série 'Histoires à jouer'. Ce qui rend ce livre encore plus attachant est le compromis parfait (bien mieux que dans Les messagers du temps ou la série Histoire de Gallimard) entre l'initiative laissée au lecteur et le respect du contexte historique de l'aventure. Adolescent, je lisais enormement de recits de chevalerie (de Chrétien de Troyes à Jean Markale) et j'avais été enthousiasmé de retrouver tant de chevaliers connus agissant ainsi qu'ils auraient pu le faire dans un roman...
Pour revenir sur ton commentaire, Kaminari, je ne pense pas que Perceval soit représentatif du niveau de la série : ce n'est pas seulement parce que l'éditeur n'etait pas Gallimard qu'Histoire à jouer n'a pas décollé. D'une manière générale, le niveau etait médiocre et m'a parfois fait regretter mon achat à cause d'aventures trop courtes et/ou trop faciles, d'une linéarité exagérée, de descriptions baclées dans des paragraphes lapidaires qui empechaient l'immersion, etc.
Kaminari a écrit :Dommage que pour des raisons assez franchouillardes, ces bouquins aient été largement ignorés par un public à l'époque trop jeune.
Cette phrase m'interpelle, pourrais-tu m'en dire plus sur ce que tu entends par là ? (aussi, j'aime bien ton avatar, il vient d'où?)

Je suis aussi d'accord pour dire que Perceval le Gallois est un bon ldv, de même que les règles de tournois de joute sont mignonnes ^^

idem pour le niveau littéraire de la série, je pense qu'il s'agirait au contraire d'une exception, si toutefois le niveau y est si bon que ça (je ne l'ai plus lu depuis longtemps)... pour contre-exemple, citons ne serait-ce que le trésor du Yucatan... style télégraphique, manque de consistance scénaristique, trop facile...
Paragraphe 14 a écrit :j'aime bien ton avatar, il vient d'où

Je me permets de répondre à ta place Kaminari : son avatar vient de la couverture du livre Pris sur le Vif dans la série 4ème dimension de la collection Histoires à Jouer.
Voilou. Wink