Rendez-vous au 1

Version complète : Les âmes seules (Gwalchmei)
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Cette AVH se déroule en décembre 1906, dans une petite ville montagneuse de Franche-Comté. On y incarne un inspecteur chargé d'enquêter sur la profanation d'une tombe et la mutilation du cadavre qui y reposait.

Une fois passé le début, l'aventure est structurée de façon très non-linéaire. On dispose de quatre jours pour mener notre enquête. Chaque jour, on dispose de quatre "points de temps" (sauf le dernier jour, où on n'en a que trois). L'utilisation d'un point de temps nous permet d'aller interroger quelqu'un, d'aller visiter un lieu, ou de suivre une piste spécifique (dans certains cas, il faut dépenser plus d'un point).

Au début de l'enquête, il y a six personnes qu'on peut interroger, trois lieux qu'on peut visiter et (selon la façon dont on s'y est pris tout au début) une ou deux pistes à suivre. Au fil du temps, on va entendre parler d'autres personnes, d'autres lieux et ainsi de suite, ce qui va débloquer de nouvelles possibilités.

L'un des éléments essentiels de l'enquête, ce sont les indices, qui sont désignés par des lettres (indice A, indice B, etc.). On obtient un indice lorsqu'on découvre une information particulièrement importante. Lorsque vous interrogez quelqu'un, la possession de certains indices débloquera de nouveaux sujets de conversation (sachant toutefois que l'usage d'un point de temps ne permet d'aborder que six sujets de conversation, et qu'il n'est pas rare qu'un individu ne puisse ou ne veuille rien vous apprendre sur un sujet donné).

Autant vous avertir tout de suite : 15 points de temps, ça n'est vraiment pas beaucoup ! Vous ne tarderez pas à hurler à la lune chaque fois qu'il vous arrive de claquer un de vos précieux points pour causer à un connard qui ne vous apportera pas la moindre information nouvelle.



J'ai fait deux tentatives pour le moment. La première s'est achevée à l'issue du troisième jour, lorsque j'ai tout simplement laissé tomber. J'avais acquis très peu d'indices et plusieurs fois perdu du temps en effectuant des actions dans un ordre mal choisi, ce qui me condamnait de toute évidence à l'échec.

La deuxième fois, j'ai davantage progressé et découvert plusieurs informations qui doivent (je pense) mener à la vérité, mais j'ai fini par manquer de temps. J'ai par ailleurs fait preuve d'un tact tout à fait exceptionnel lors de mes interrogatoires, puisque deux personnes m'ont chassé de chez elles en hurlant, et qu'une troisième a plongé grâce à mes questions dans un état d'hystérie incohérente.

Je pense que ma troisième tentative devrait être la bonne, mais qui sait ?


L'aventure a une bonne atmosphère et de bons personnages (comme d'habitude avec Gwalchmei). Ces éléments bénéficient activement à l'enquête. Les habitants de cette petite ville semi-isolée ont des histoires, des intérêts, des rancoeurs... Il n'est pas évident au premier abord de faire la différence entre ce qui a de l'importance pour votre enquête et ce qui n'en a pas.

Je donnerai un avis plus global une fois que j'aurai fini l'aventure.
J'ai commencé une partie il y a quelques temps déjà et trouvé très rapidement un mega indice avant même la fin de la 1ère journée. Mais ensuite impossible de faire parler quiconque sur cet indice, et vu la nature dudit indice c'est totalement illogique de ne pouvoir en faire part à quiconque une fois découvert! J'ai donc lâché l'affaire avec un gros sentiment de frustration. Je suis pourtant quasi certain d'avoir fait les meilleurs choix pour la première journée... A mon avis cet indice ne devrait pas être accessible si tôt. Dans une vraie situation d'enquête on devrait forcément pouvoir en parler au maire par exemple, qui connait bien sa commune, afin d'en savoir plus.

Ambiance très bien amenée avec un style impeccable comme d'hab (et comme d'hab aussi une ou deux énormes fautes d'orthographes qui dénotent d'autant que le style tutoie les sommets).

Mais, et c'est très dommage, pour moi ce blocage artificiel concernant l'indice trouvé m'a complètement sorti de l'histoire. Je ne me suis plus senti libre de faire ce que je voulais, de suivre ma logique, alors que c'est ce que j'avais pu faire au cours de toute la première journée. Je voulais simplement continuer à suivre la piste de cet indice, mais sauf erreur de ma part c'est impossible d'en parler à quiconque.
Fini ! Il m'aura fallu plus de temps pour y parvenir qu'il n'était réellement nécessaire. C'est en partie de ma faute... mais peut-être pas totalement : il y a en effet plusieurs tentatives que j'ai abandonnées juste avant la fin, parce que j'avais le sentiment que - malgré tout ce que j'avais découvert - il me manquait toujours une information qui me permettrait de mettre la main sur le coupable.

Alors qu'en fait non ! J'avais réellement toutes les informations nécessaires depuis un bon moment, c'est juste qu'on ne peut pas les utiliser avant le tout dernier instant. C'est un peu frustrant, parce que ça n'a pas beaucoup de sens.

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Hormis cela, c'est une aventure intéressante. Le choix du cadre est assez original. Les personnages sont d'excellente qualité et très réalistes. L'atmosphère est de bonne qualité, bien servie par le style. Les diverses fausses pistes et les nombreuses options de dialogue inutiles contribuent utilement à semer le doute et apportent une touche réaliste. La forte non-linéarité est tout à fait appréciable. La confrontation finale - malgré le problème que je souligne ci-dessus - ne manque pas d'impact.


AJOUT : J'oubliais de mentionner quelques détails techniques. Notamment les Points d'Enquête. On en a 4 au départ et le texte nous propose de temps à autre d'en dépenser un pour devenir ponctuellement plus persuasif, plus observateur, plus résolu ou même plus chanceux.

Les Points d'Enquête ajoutent une dimension tactique à l'AVH, car il faut les dépenser à bon escient (il n'est pas possible d'en regagner) : il y a plusieurs occasions où dépenser un Point d'Enquête permet de gagner du temps et une situation où j'ai l'impression que c'est nécessaire pour obtenir un indice indispensable, mais il est aussi très possible de n'obtenir qu'un indice inutile (voire même nuisible, car il risque de nous égarer sur une fausse piste). De manière générale, je n'ai tout de même pas eu l'impression que l'absence des Points d'Enquête aurait changé grand-chose à l'aventure.


À l'exception d'une poignée d'indices cruciaux, les informations dont le joueur a besoin peuvent généralement être obtenues de plusieurs manières possibles, ce qui est appréciable. Le choix des actions et de leur enchaînement a son importance, mais on n'est pas du tout dans un OTP.

Sauf erreur, la façon la plus rapide d'obtenir les indices nécessaires consomme 9 points de temps. Ça laisse une marge pour l'erreur, mais elle n'est pas considérable, d'autant que certaines pistes nécessitent 2 points de temps.


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Du grand Gwalchmei, au sommet de son art. Pour moi son AVH la plus réussie jusqu'à ce jour. Et pourtant je suis un grand fan de Ad Nauseam mais là, on a une durée de vie et une richesse plus conséquentes.

Comme il s'agit d'une AVH d'enquête, une grande partie du plaisir est de résoudre l'affaire par nos propres déductions. Impossible de parler en profondeur de l'aventure sans en dévoiler son scénario et son aboutissement. Donc la suite de cette critique est un SPOILER géant. Vous feriez mieux de la télécharger de l'attaquer si ce n'est déjà fait plutôt que de lire la suite...

Comme toujours avec Gwalchmei, le style est foisonnant, épique, érudit et rutilant. Mais là où par le passé certains pouvaient regretter que cela implique une prise de distance avec le contenu, la lecture est ici à la fois fluide et stimulante pour l'intellect. Si on aime la belle littérature, on est servi sans passer par la case indigestion. D'autant plus que l'aventure donne la part belle aux dialogues, qui vont donc équilibrer la narration descriptive et imagée.

Le début donne le ton. La Franche-Comté hivernale et isolée du début XXème siècle est rugueuse et hostile. Les paysages décrits vont en ce sens. Mais ce qui est fort, c'est que cette atmosphère hostile se prolonge tout du long par un basculement paysage - protagonistes. Les autochtones vont être à leur tour dépeints dans la même veine : farouches, abritant derrière les convenances de façade des failles cachées, de dangereux secrets. On ne se sent jamais le bienvenu, tant par la nature que par les gens du cru.

L'aventure dans sa globalité fait penser à un Nils Jacket, en moins long, moins touffu, moins tortueux, plus facile, plus accessible. Les deux aventures partagent les mêmes qualités d'écriture, de vraisemblance et d'intelligence. Nils Jack étant antérieur, on sent que dans sa structure, Les Ames seules s'en inspirent un peu sur ce plan (que Gwalchmei m'éviscère sur-le-champ s'il n'a jamais lu une des AVH de JFM). Mais au-delà de leurs tailles, elles se différencient le plus par leur atmosphère et leur scénario.
L'atmosphère l'emporte presque sur l'histoire dans Les Ames seules. Il y a une vraie volonté d'imprégner dans l'esprit du lecteur la mentalité de cette région, les spécificités locales (ah ce vocabulaire estampillé Franche-Comté par le Wiktionnaire...), de distiller un sentiment de sourde inquiétude, de malaise et aussi de répulsion, voire de pitié. Tandis que dans Nils Jacket, le scénario est d'une complexité établie sur des bases profondes, un réseau de pistes d'une dimension et d'un enchevêtrement bien plus poussé que dans les Ames seules.

Je ne dirais quand même pas que le scénario est simple, ici. Les fausses pistes sont nombreuses, elles fonctionnent même plutôt bien. La liberté d'action est très grande et surtout, on ne se sent jamais bloqué, on a toujours quelque chose à faire : interroger un habitant, suivre une piste, explorer un lieu... Et ça c'est très fort. Même après une ou deux relectures, il existe toujours de nouvelles voies à suivre, des passages à débloquer. Donc l'intrigue est habilement conçue, de même que la manière de la résoudre. En pelures d'oignon mais avec très souvent plusieurs moyens d'obtenir un même indice.  J'aime.
Mais l'histoire n'est pas d'une originalité folle car j'ai eu dès ma première tentative le soupçon très fort d'un enfant caché à l'origine du saccage. Rien de grave cependant car ce n'était qu'un soupçon et les fausses pistes m'ont quand même induit en erreur. La 2ème lecture m'a permis de confirmer mon hypothèse et la 3ème, de recueillir les indices idoines pour une arrestation du boucher nécrophile.
Trois essais, si l'on considère à chaque fois un long temps de lecture et beaucoup de paragraphes parcourus, c'est la mesure d'une difficulté parfaitement équilibrée. Surtout que jamais un soupçon d'ennui n'est venu ternir mes relectures.

Finalement, cette relative simplicité (toutes proportions gardées, surtout si on se réfère à Nils Jacket) n'est pas vraiment un défaut. Elle permet de créer une alchimie parfaite pour savourer tout en même temps l'investigation, le challenge proposé, l'atmosphère générale, le style relevé et la galerie de personnages.
J'en viens là à ce qui me semble la qualité majeure de cette AVH : jamais on n'a eu droit à un tel portrait de société, une véritable aventure interactive à caractère sociologique.

Les dialogues sonnent parfaitement juste. Chaque protagoniste est terriblement vivant, avec ses failles, ses particularités, ses manières, ses ambitions. Aucun n'est caricatural. Comme on a l'occasion d'aborder avec chacun une multitude de sujets, ils sont obligés de réagir à chaque fois avec des réparties adéquates à leur psychologie et le travail réalisé en ce sens est admirable. Même la fois où l'on peut coucher avec Rose aurait pu être casse-gueule, considérant que les deux personnages ne peuvent pas se parler de la même manière qu'il se soit passé ou non cet acte charnel. Mais non, Gwalchmei a pensé à être suffisamment élusif dans les réponses de la belle pour que ça puisse s'adapter aux deux cas de figure.
Surtout, l'aventure se trouve dans un contexte moderne, presque contemporain. C'est ce qui rend cette dimension sociale et psychologique si prenante. Le même aspect développé, mais dans un univers fantasy (comme pour Du Sang sous les Vignes pour un exemple que je connais), ne sera pas aussi efficace. Ici, on ne peut pas se dire que ce n'est que de la fiction. L'horreur, le sordide et la souffrance intérieure résonnent avec celles que l'on peut rencontrer dans le monde réel.
D'autant plus que l'auteur aborde frontalement, sans délicatesse mais sans voyeurisme non plus, des sujets graves, traumatisants et adultes tels que les femmes battues, la profanation, l'adultère, les scènes d'horreur, l'avidité, la xénophobie, l'abandon, la dépression, le deuil subit ou encore les déchirures amoureuses.

Enfin s'ajoute une dimension morale, mais pas moralisante. Les travers ordinaires de l'humain sont montrés du doigts, pour être aussitôt proposés sous un autre angle de nature à nous faire douter de nos convictions. Ainsi le gitan grossier et violent est celui qui a sur ses pairs un jugement au final très avisé, le père abattu par le chagrin de voir sa fille mourir puis profanée récolte-t-il les fruits amers de son égoïsme, la femme esseulée et hautaine se perd-elle dans un amour maternel incompréhensible pour le rejeton de son mari infdèle, l'homme qui bat son épouse est-il chaque jour torturé par le film dans sa tête où il voit celle-ci faire l'amour avec un autre... Mince, c'est fort tout ça!

Il résulte de ce tableau vivant que l'immersion est totale. J'ai encore en tête les images du cimetière, de la forêt en friches, des collines enneigées, de la demeure familiale isolée...

Au rayon des regrets, des liens cliquables défaillants dans les interrogatoires à la fin, qui nous ramènent à un autre témoin après avoir posé une question. C'est pas mal gênant (surtout pour le curé et le fossoyeur, de mémoire).

Un seul moment où j'ai vraiment eu peur de mourir (quand le méchant referme la tombe sur moi, heureusement qu'il me restait 1 PE). La difficulté de l'enquête est déjà bien dosée comme ça mais ça aurait pu être encore plus stressant à certains moments si quelques séquences d'action avaient été plus détaillées (comme le final) ou plus nombreuses, pour faire accélérer le palpitant. D'ailleurs, j'ai l'impression que le choix de l'arme n'est justement là que pour nous faire peur par anticipation.

Et puis c'est tout pour moi! C'est vraiment une excellente aventure d'investigations, bravo. Pour l'anecdote, bien que l'époque ne soit pas la même, l'ambiance m'a rappelé Les Rivières Pourpres.
(22/03/2019, 18:33)Fitz a écrit : [ -> ]D'ailleurs, j'ai l'impression que le choix de l'arme n'est justement là que pour nous faire peur par anticipation.

Il y a un passage où ce choix a son importance (possibilité de PFA si on n'a pas l'arme appropriée et qu'il ne nous reste pas suffisamment de points d'enquête).